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L'assassinat de Reinhard Heydrich

Opération Anthropoid

Le 15 mars 1939, les troupes allemandes occupent la Bohême et la Moravie et y établissent un Protectorat. La Tchécoslovaquie a cessé d'exister. Son président, Emil Hácha, est réduit à l'état de figurant. L'essentiel du pouvoir revient au Reichsprotektor : l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Konstantin von Neurath. En dépit du régime strict imposé par le Reich, les opposants tchèques sont nombreux et très actifs. La Résistance s'organise entre le Parti communiste tchèque (KSC) et diverses branches non communistes fédérées sous la bannière UVOD (Direction centrale de la Résistance). Les différents mouvements de Résistance communiquent aussi bien avec Moscou qu'avec Londres, où Edvard Beneš a établi un gouvernement en exil. Les liaisons avec l'Angleterre sont nombreuses et régulières. De 1940 à 1942, on peut estimer à 20 000 le nombre de messages envoyés et à 6000 celui des demandes d'informations reçues.

En septembre 1941, Hitler décide de remplacer von Neurath, jugé trop modéré et incapable de juguler les mouvements de résistance en Bohême et en Moravie, par un homme à poigne, Reinhard Heydrich. Pour le chef du RSHA, cette affectation est une promotion notable. Le bras droit de Himmler voit dans cette nomination la possibilité de démontrer ses capacités d'homme d’État et d'accéder plus directement au premier cercle du pouvoir nazi, tout en se maintenant à la tête du RSHA au prix de nombreux allers-retours entre Prague et Berlin.

Heydrich mène une politique de détente, maniant habilement la carotte et le bâton. Il cherche à obtenir la docilité du monde ouvrier en augmentant les salaires et les rations alimentaires, tout en faisant couler le sang des opposants. Dès les premières semaines de son arrivée, il fait condamner à mort le Premier ministre Alois Eliáš, soupçonné de correspondre secrètement avec le gouvernement de Londres. En deux mois, plusieurs centaines de Tchèques sont condamnés à mort et fusillés. Les déportations des Juifs commencent. Heydrich ne tarde pas à gagner son surnom de « Boucher de Prague ».

À la fin de l'année 1941, une grande partie de l'Europe est sous la botte nazie. Depuis l'arrivée de Heydrich, la plupart des réseaux ont été démantelés ou infiltrés par la Gestapo, et l'activité de la Résistance est au point mort. Les Anglais font pression sur le gouvernement tchécoslovaque en exil pour que la Résistance mène des actions avec plus d’entrain. La restauration de l'État tchécoslovaque ne s'obtiendra pas sans mérite. Edvard Beneš décide alors de mener une action retentissante qui montrerait au monde que les Tchèques sont engagés aux côtés des Alliés. Ainsi germe l'idée d'éliminer Heydrich. Assassiner la « Bête blonde » aurait un impact psychologique et des répercussions énormes. Craignant d'importantes représailles, la Résistance intérieure se montre réticente et propose une autre cible : Emanuel Moravec, le ministre de l’Éducation, ultra-collaborationniste notoire. En vain.

Le SOE, en coopération avec l'Armée tchécoslovaque en exil, met sur pied une audacieuse opération commando, baptisée « Anthropoid ». La mission est confiée à un Slovaque, Jozef Gabčík, et à un Morave, Jan Kubiš, deux hommes d'horizons différents, symbole de l'unité d'un peuple. Les deux hommes ont participé à la campagne de France au sein de l'Armée tchécoslovaque en exil. Ils n'ont jamais mis les pieds à Prague, ce qui garantit leur anonymat.

Dans la nuit du 28 décembre 1941, Jozef Gabčík et Jan Kubiš quittent l'Angleterre à bord d'un avion « Halifax » de la RAF. Ils sont accompagnés des groupes « Silver A » (Alfréd Bartoš, Josef Valčík, Jiří Potůček) et « Silver B » (Jan Zemek et Vladimir Škácha). Le groupe « Anthropoid » a pour objectif de sauter au-dessus de Pilsen, ville située à une centaine de kilomètres de Prague, et d'entrer en relation avec les organisations clandestines susceptibles de les aider. La nuit d'encre, le mauvais temps, la navigation incertaine font que Gabčík et Kubiš sont déportés et largués près de Prague. Perdus et légèrement blessés (Gabčík s'est fracturé un orteil à l’atterrissage), les deux hommes ont la chance d'être repérés par un garde-chasse bienveillant. Commence alors une chaine d'entraide de la part d'habitants qui vont risquer leur vie pour eux et qui conduiront les membres du commando jusqu'à la « ville dorée ».

Sitôt arrivés à destination, les deux clandestins rencontrent d'importantes difficultés pour entrer en contact avec la Résistance locale. Aux adresses notées, les gens ont été arrêtés, déportés ou fusillés. Après maintes difficultés, le groupe « Anthropoid » réussi à s'installer et se met au travail. Il se met en rapport avec le groupe de résistance sokol « Jindra », dirigé par l'ancien champion international de gymnastique František Pecháček. Les hommes de Pecháček sont également en liaison avec le groupe « Silver A », dont le commandant, Bartoš, s'établit dans la ville de Pardubice, tandis que son radiotélégraphiste, Potůček, avec le poste émetteur clandestin « Libuse », s'installe dans un village voisin. Le troisième membre du groupe, Josef Valčík, est rapidement démasqué par la Gestapo. Il se réfugie à Prague où il apporte son aide à la préparation de l'attentat. Le groupe « Anthropoid » est rejoint par un second homme, Karel Čurda, issu du groupe « Out Distance », auquel a été confié le sabotage des usines Škoda.

Différents projets sont étudiés. Gabčík et Kubiš imaginent d'abord attaquer le train personnel de Heydrich. Il faudrait convaincre le machiniste de participer au complot et d’arrêter le train pendant qu’un membre du commando lancerait une bombe dans le compartiment du Reichsprotektor. Trop aléatoire, le plan est abandonné. Finalement, le commando décide de tendre une embuscade dans le quartier de Libeň. En ce début d'année 1942, Heydrich est « au sommet de sa gloire ». Persuadé d'avoir éradiqué toute forme d'opposition en Bohême, il parcourt la capitale à bord de sa Mercedes noire décapotable, en compagnie de son seul chauffeur. C'est ce point faible que le commando décide d'exploiter. La rue V Holešovičkách forme un grand virage très serré, presque en épingle à cheveux, surplombé par une hauteur idéale pour un guetteur. Heydrich emprunte fréquemment cet itinéraire pour se rendre à ses bureaux, au château de Prague. Plusieurs lignes de tramways se croisent en cet endroit plutôt fréquenté. Le quartier est bordé d’un lacis de ruelles et de villas facilitant la fuite. C'est exactement à ce lieu précis que les trois membres du commando se posteront. Valčík jouera le rôle de guetteur, tandis que Gabčík et Kubiš attaqueront la voiture.

Les résistants disposent d'un informateur au sein du château même : l'horloger, Josef Novotný, dont l'activité le place au-dessus de tout soupçon. Les allers et venues du Reichsprotektor sont scrupuleusement consignés. Le groupe « Anthropoid » est informé que Heydrich quittera bientôt le Protektorat pour se rendre en France. Puis, la nouvelle leur parvient que le SS-Obergruppenführer se rendra, le 27 mai, au quartier général de Hitler. Par chance, l'itinéraire menant à l'aérodrome passe par la zone d'action définie. Le plan n'a donc pas besoin d'être modifié.

Le 27 mai 1942, deux cyclistes se présentent au tournant de la rue Holešovičkách. Ils ressemblent en tout point à des ouvriers se rendant à leur travail. Ils s'arrêtent, se promènent, posent leurs bicyclettes en différents endroits. Gabčík sort un pistolet-mitrailleur « Sten » de sa serviette et le remonte sous son manteau. Kubiš garde deux grenades dans sa serviette. La voiture de Heydrich se fait attendre. Les minutes passent. 10 heures ont passé, et Heydrich n'est toujours pas là. La Gestapo serait-elle au courant ? L'heure de pointe étant passée, le quartier a retrouvé son calme. Le commando risque à chaque instant d'éveiller des soupçons. À 10h25, Valčík, dissimulé un peu plus haut, signale, à l'aide d'un petit miroir réfléchissant le soleil, l'approche de la Mercedes du Reichsprotektor.

À l'instant où la voiture ralentit pour aborder le virage, Gabčík se positionne au milieu de la route, rejette son manteau et dirige son arme sur Heydrich qui est assis à côté du chauffeur. Au moment de tirer, sa mitraillette s'enraye. Il jette son arme au sol et prend la fuite en direction du nord-ouest. Le Reichsprotektor ordonne d'arrêter la voiture. Erreur fatale. Tandis que Heydrich se lève pour tenter d'abattre Gabčík, Kubiš, dont la présence n'a pas été soupçonnée, entre en action. Il prend une grenade dans sa serviette et la lance vers la voiture, saute sur sa bicyclette et file vers le sud de la ville. La bombe explose près de la roue arrière droite. Le souffle de l'explosion soulève la voiture de près d'un mètre et fait voler en éclats les vitres d'un tramway. Heydrich, descendu à côté de la portière arrachée, pistolet à la main, tente d'appréhender son agresseur. Grièvement blessé, il titube et s'effondre.

Le chauffeur, le SS-Oberscharführer Johannes Klein, se lance à la poursuite de Gabčík. Les deux hommes se livrent à un duel au pistolet. Finalement, le chauffeur SS est blessé d'une balle dans la cuisse et Gabčík parvient à s'échapper. Pendant ce temps, Kubiš descend vers la place du quartier Libeň, appuie sa bicyclette devant un magasin et disparaît dans la rue voisine. La famille Novak le recueille et le fait changer de vêtements. Jindriska, leur fille de quatorze ans, va chercher la bicyclette et la cache. Quelques jours plus tard, la famille sera trahie et fusillée.

Touché à la rate, au diaphragme et au poumon, Heydrich est amené en catastrophe à l'hôpital Bulkova dans une camionnette réquisitionnée. Il est pris en charge par des chirurgiens tchèques, avant que Himmler ne fasse dépêcher sur place les meilleurs spécialistes allemands. On pratique une ablation de la rate. L'opération s'est semble-t-il bien passée. Le Reichsprotektor se remet lentement de ses blessures.

Dans les heures qui suivent l'attentat, la terreur s'installe sur la capitale. La ville est cernée, toutes les issues contrôlées. L'état de siège est proclamé. Les lieux publics sont fermés. Un couvre-feu est instauré de 21 heures à 6 heures. Les murs et les radios sont saturés d'affiches et de messages menaçants. Quiconque quitterait sa maison au cours de la nuit encourt la peine de mort. Dans la soirée, l'état de siège est étendu au pays tout entier. Plus de 4500 hommes issus de toutes les forces disponibles – SS, Gestapo, Kripo – ainsi que la police tchèque se lance dans une chasse à l'homme. Les maisons sont fouillées, de la cave au grenier. Sans succès. Les auteurs de l’attentat se sont volatilisés.

Un grand magasin de la place Venceslas expose en vitrine différents objets trouvés sur les lieux de l'attentat et susceptibles d'en faire découvrir les auteurs : une bicyclette, un manteau, une serviette, un béret, un pistolet-mitrailleur « Sten ». L'Occupant fait appel à la conscience du peuple. Une récompense de 10 millions de couronnes est promise à qui fournirait le moindre indice permettant de découvrir les meurtriers. En dépit des milliers d'arrestations, l'enquête piétine.

L'état de santé de Reinhard Heydrich s'aggrave brutalement. Le 4 juin, à 4h30 du matin, le SS-Obergruppenführer décède d'une septicémie. Rapatrié à Berlin, son corps a le droit à des funérailles nationales. Si Hitler voit en lui « l'un des meilleurs nationaux-socialistes, l'un des plus vaillants défenseurs de l'idée du Reich allemand, et l'un des adversaires les plus résolus de tous les ennemis du Reich », il ne l'exempte pas pour autant de reproches. « Des gestes héroïques comme se déplacer dans une voiture ouverte [...] sont des folies dont la nation n'avait pas besoin. Les hommes de la stature politique de Heydrich devraient avoir conscience qu'on les guette comme du gibier et que d'innombrables personnes n'ont qu'une idée en tête : comment les tuer. » Un buste à son effigie est élevé sur les lieux de l'attentat.

Face à la mise en échec humiliante des polices nazies, Hitler fulmine. Il exige la terreur et l'exécution de 10 000 Tchèques. Karl Hermann Frank, devenu Reichsprotektor par intérim, fait preuve d'un zèle exemplaire et élabore avec soin un vaste plan de représailles qu'il soumet personnellement à Hitler. Les exécutions de masse commencent. La fureur nazie grandit à mesure que les jours passent. Les Allemands veulent montrer par un bain de sang qu'ils tiennent fermement les rênes du pouvoir. C'est ainsi que le destin d'un petit village à 20 kilomètres de Prague, Lidice, et de ses habitants, se retrouve scellé, suite à la correspondance jugée suspecte de l'un de ses habitants.

Le soir du 9 juin, alors que tous les travailleurs sont rentrés chez eux et que le village s'est endormi, plusieurs unités de SS et de la police arrêtent les habitants. Les hommes sont entassés dans une cave, les femmes et les enfants enfermés dans l'école. Les SS saccagent, pillent, brûlent. Les hommes sont abattus, les femmes sont déportées à Ravensbrück, les enfants seront pour la plupart gazés à Chełmno. Quelques-uns seront envoyés dans des Lebensborn et confiés à des familles allemandes. Une fois vidé de ses habitants, Lidice est entièrement rasé jusqu'au sol et recouvert de terre où le blé est semé. Cette tragédie revêt une portée mondiale et provoque une énorme vague d’indignation. Lidice devient un symbole de la barbarie nazie.

Pendant ce temps, les résistants cherchent en vain le moyen d’exfiltrer les parachutistes. Finalement, Gabčík, Kubiš et les hommes des autres groupes trouvent refuge dans l'église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode. La crypte semble être la cachette la plus sûre tant que la tension ne sera pas retombée. Ils sont rejoints par un officier de carrière, le capitaine Opalka, qui bénéficiait jusqu'alors d'une cache au domicile de la veuve d'un officier fusillé lors de l'installation de Heydrich à Prague et sur les ordres du Reichsprotektor.

Le 13 juin, Heinz Pannwitz, le chef de la commission d'enquête, conscient que le climat de terreur instauré par la SS est contre-productif, abat une dernière carte : sous cinq jours, il promet l'amnistie et une récompense de 20 millions de couronnes pour toute personne donnant des informations permettant la capture du commando. Après avoir passé quelque temps à Kolín, Karel Čurda refait surface à Prague. Il se présente, le 16 juin, au palais Peček, quartier général de la Gestapo, pour dénoncer ses camarades. Il donne l'adresse de la famille Svatoš, qui l'a caché et à laquelle appartient la serviette abandonnée par Kubiš. L'enquête accélère brusquement. La Gestapo investit l'appartement des Moravec, dont les appartements servaient de cache aux parachutistes. Prétextant une envie pressante et profitant d'un moment d'inattention, Madame Moravec s'enferme dans les toilettes et avale une capsule de cyanure. Le reste de la famille est emmené au palais.

Otto Geschke, chef de la Gestapo à Prague, écrit dans son rapport : « Pendant trois semaines, tous les moyens possibles et imaginables furent utilisés en vain sans que l'on découvrît un seul indice. Les Tchèques, assez nombreux, qui auraient pu témoigner sur les objets exposés se sont tus. Au cours des interrogatoires, quatorze personnes ont reconnu qu'elles étaient au courant des préparatifs de l'agression. Trente-cinq personnes connaissaient l'endroit où se cachaient les parachutistes après l'attentat. Au cours des deux interrogatoires, dans la journée du 17 et la nuit du 17 au 18 juin, on a enfin obtenu l'indication d'une église où devaient être cachés les tueurs de Heydrich... »

Le 18 juin, à 2 heures du matin, plus de 700 SS encerclent l'église Saints-Cyrille-et-Méthode. Vers 4 heures, de petites unités de SS et de la Gestapo pénètrent dans l'église par le corridor de la cure. Les parachutistes ont établi un tour de garde. À ce moment, Opalka et deux de ses hommes, dont Kubiš, occupent la galerie qui surplombe la nef. Les nazis sont pris sous le tir de mitraillettes et doivent se retirer. Les échanges de tirs se prolongent pendant plus de deux heures, et plusieurs vagues sont repoussées. Un jet de grenades finit par les neutraliser. Vers 7 heures, le silence se rétablit. Les SS sortent de l'église un homme mort et deux blessés graves. Transportés à l'hôpital, ils mourront sans avoir repris connaissance.

Le reste du groupe, avec Gabčík, est retranché en dessous, dans la crypte. En allemand et en tchèques, des haut-parleurs les invitent à se rendre, leur promettant d'être traité comme des prisonniers de guerre. Les quatre hommes se battent avec l’énergie du désespoir. Par une meurtrière donnant sur la crypte, les SS tentent de les enfumer, puis font venir des pompiers pour les noyer. Mais les parachutistes se servent d'une échelle pour rejeter sur le trottoir les tuyaux des lances à incendie. Les nazis essaient de percer le mur de l'église, mais le mur résiste. Ils finissent par trouver la grande dalle dissimulant l'accès au sous-sol et la font sauter à la dynamite. Par l'escalier, ils envoient de petits groupes de SS en vagues d'assaut. Entre-temps, les pompiers parviennent à s'emparer de l'échelle et la hissent à l'extérieur. L'eau peut désormais envahir la crypte. Acculés, les quatre hommes vident leurs derniers chargeurs et se donnent la mort. Il aura fallu 8 heures et des centaines de SS pour venir à bout de sept hommes. Les SS comptabilisent 14 morts et 21 blessés.

La tragédie ne s'arrête pas là. Čurda ne se contente pas de donner ses compagnons parachutistes mais aussi les noms de tous ses contacts. La Gestapo se lance à la poursuite de Bartoš. Sur le point d'être arrêté au terme d'une traque sans relâche, Bartoš se suicide. Par un dernier message du poste émetteur « Libuse », Potůček annonce à Londres, le 26 juin 1942, que le village de Ležáky, pour l'avoir hébergé, a été détruit. Tous ses habitants ont été arrêtés et fusillés, y compris les vieillards et les enfants. À l'issue d'une longue chasse à l'homme, Potůček est abattu par un gendarme. Au total, 257 hommes et femmes sont condamnés à mort pour aide directe à l'attentat et exécutés à Mauthausen. Les prêtres de l'église Saints-Cyrille-et-Méthode, ainsi que l'évêque de Prague, sont condamnés à la peine capitale. L’Église gréco-orthodoxe est dissoute, ses sanctuaires fermés au culte.

Malgré les pertes engendrées, l'opération « Anthropoid » est un succès. Le 5 août 1942, Edvard Beneš est informé que le gouvernement britannique annule les accords de Munich. Deux mois plus tard, le 29 septembre, Charles de Gaulle, au nom de la France libre, reconnaît la Tchécoslovaquie dans ses frontières d'avant 1938. En 1945, après six ans d'occupation, Prague est libérée. Edvard Beneš rentre au pays et prend la tête d'un gouvernement de coalition. Mais, devant l'influence grandissante des communistes, il préfère taire sa participation à l'opération « Anthropoid ». Après le putsch communiste de 1948, l'acte héroïque des parachutistes est systématiquement passé sous silence, parce qu'il fait la part trop belle aux ennemis politiques de l'ouest. Pendant cinquante ans, les membres du commando seront considérés comme les responsables égoïstes du massacre de milliers d’innocents. Leurs noms seront effacés des livres d’histoire pour ne réapparaître qu’après la « révolution de velours », en 1989. L'opération « Anthropoid » inspirera de nombreux films et livres. Il faudra attendre le 27 mai 2008 pour voir posée la première pierre d’un monument dédié aux parachutistes, dans le quartier de Libeň.