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Histoire de la Résistance albanaise

Fortement marquée par des invasions successives, l'Albanie est parvenue à s'affirmer comme État indépendant malgré la petitesse de son territoire et la pauvreté de sa population. Le fait qu'une nation ait pu émerger après tant de vicissitudes demeure mystérieux. L'indépendance de l'Albanie est le fruit d'un long combat et relève avant tout d'une farouche volonté d'un peuple de montagnards. La tradition orale a pieusement maintenu le culte des héros qui se sont battus pour la liberté. Ainsi, chacun se souvient du prince Alexandre qui combattit brillamment la puissante armée ottomane au XVe siècle et déclara devant ses frères d'armes : « Je n'ai pas apporté la liberté, je l'ai trouvée ici parmi vous. » En 1939, l'Albanie est trop proche de ses racines pour que nous ne fassions pas référence à son passé.

Au cours des siècles, l'Albanie a connu de nombreuses occupations successives. Elle a été envahie par les Grecques et par les Romains, avant d'appartenir pendant près de 1000 ans aux empires byzantin puis ottoman. Il faut attendre le 28 novembre 1912 pour que l'Albanie proclame enfin son indépendance, marquant ainsi la fin de 500 ans de domination ottomane. Le 29 juillet 1913, la conférence de Londres reconnaît « la naissance d'une principauté souveraine sous tutelle des grandes puissances ». Le pays est occupé par les armées belligérantes pendant la Première Guerre mondiale et ne parvient à se libérer de ses occupants qu'en 1920. Un gouvernement national tente alors d'organiser le pays qui vit toujours sous la menace de ses encombrants voisins. Le 9 novembre 1921, la Conférence des Ambassadeurs détermine les frontières du petit État et confie à l'Italie le soin de sauvegarder son intégrité territoriale. Aidé par les Yougoslaves, Ahmet Zogolli profite de l'instabilité du pays pour s'emparer du pouvoir et se proclamer, sous le nom de Zog Ier, roi d'Albanie, le 1er septembre 1928. Son règne sera marqué, aux plans économique et politique, par une soumission de plus en plus grande vis-à-vis de l'Italie.

Le 25 mars 1939, Mussolini provoque Zog Ier en lui envoyant un ultimatum inacceptable. Le 7 avril, les troupes italiennes envahissent le pays. Comme pour l'Autriche, la Tchécoslovaquie et Memel, la France et l'Angleterre se contentent de protester alors que des unités albanaises tentent désespérément de repousser l'envahisseur. Zog Ier s'enfuit en Grèce et, le 10 avril, toute l'Albanie est occupée. Le pays devient partie intégrante du royaume italien. Victor-Emmanuel III est proclamé souverain d'Albanie. Francesco Jacomoni est nommé ministre-plénipotentiaire en Albanie. Les Italiens placent à la tête d'un gouvernement fantoche Mustafa Merlika-Kruja, qui jouit encore de quelque prestige aux yeux des Albanais.

La défaite de la France, le 25 juin 1940, accroît davantage l’appétit italien. L'OKW redoute que la Grèce envahie ne livre ses aérodromes à la RAF : les champs pétrolifères roumains, source presque unique de carburant pour le Reich, se retrouveraient dès lors à la merci des bombardiers britanniques. « Je n'ose même pas penser aux conséquences », écrit Hitler. Mais le Duce décide de passer outre. Bien décidé à se laver de son rôle de « second », il fixe l'attaque de la Grèce au 28 octobre 1940. Lorsque, le jour même de l'attaque italienne, Hitler descend de son train à Florence pour une visite de concertation, le Duce lui lance « Führer ! L'Italie est en marche ! Ce matin-même à l'aube, ses troupes victorieuses ont franchi la frontière albano-grecque ! ». Hitler, mis devant le fait accompli, peine à contenir sa rage.

L'attaque de la Grèce tourne rapidement au fiasco. C'est finalement au tour de l'armée grecque de pénétrer en Albanie. Les troupes italiennes se retrouvent à combattre durant l'hiver dans les montagnes albanaises. Le 9 décembre, les Grecs s'emparent de Gjirokastër. Le 10 janvier, c'est au tour de Klisura. À cette époque, les Français plantent un panneau à Menton : « Avis aux soldats grecs : ici territoire français. » Le 13, le commandant en chef des troupes italiennes sur le front albanais, le général Ubaldo Soddu, est relevé de ses fonctions et remplacé par le chef d'état-major général, le général Ugo Cavallero. Les forces grecques continuent à gagner du terrain. Il faut attendre l'offensive allemande en Grèce pour que l'Italie puisse à nouveau prétendre tenir la totalité de l'Albanie.

L'Albanie a perdu son indépendance mais, sous la couronne de Victor-Emmanuel, elle réalise de grands bénéfices territoriaux. Le Monténégro, le Kosovo et la Macédoine yougoslave sont rattachés à l'Albanie. Seule l’Épire grecque échappe, du fait de l'opposition allemande, à cette Grande Albanie sous tutelle italienne. De nombreux nationalistes se rallient plus ou moins ouvertement au régime, ainsi que nombre de grands propriétaires du Sud et des chefs de clan du Nord, à mesure que Jacomoni semble laisser un peu plus de liberté au gouvernement de Tirana.

Le régime aussi violent et corrompu qu'inopérant du roi Zog ne suscite guère de regret. Installé à Londres où il a finalement trouvé refuge, Zog appelle ses partisans de la diaspora à s'engager dans les armées alliées. Mais ceux-ci – officiers de la garde royale ou membres de la communauté albanophone de Constantinople notamment – sont trop peu nombreux pour constituer une légion albanaise. Ils choisiront pour la plupart de combattre dans les Forces françaises libres.

Si certains Albanais font le choix d'un régime fantoche, d'autres n'acceptent pas de vivre sous domination italienne. La résistance s'organise à travers le pays. Dès le 28 novembre 1939, jour de la fête nationale, dans toutes les villes d'Albanie est organisée une manifestation pour protester contre l'Occupation fasciste. L'occupant fait preuve de sang-froid mais, dès le 30, les arrestations commencent. Nombreux sont envoyés au bagne. Parmi eux, Abas Ermenji, qui, de Tirana, est transféré à la prison de Bari puis au bagne de l'île de Ventotene dans le golfe de Gaète. C'est en déportation, mêlés aux antifascistes italiens, que se rencontrent et s'unissent les résistants nationaux, et qu'est décidée la formation du Front national (Balli Kombëtar). En septembre 1941, afin de calmer les esprits dans un pays qui supporte très mal l'Occupation, et à la demande de Kruja, les Italiens relâchent les prisonniers. Dès leur arrivée en Albanie, ces derniers s'empressent de disparaitre dans les montagnes.

Le territoire albanais est propice au développement des maquis. Après la guerre, Mehmet Shehu déclarera : « Nos montagnes ont toujours été les alliées séculaires de notre peuple ». Le tiers du relief dépasse une altitude de 1000 mètres et, hormis quelques lambeaux de plaines littorales surmontées d'une succession de collines fertiles, le reste n'est que montagnes, torrents et gorges. Les plaines de dépression côtière s'étendent surtout dans l'Albanie centrale et ne représentent guère plus de 15 % de l'ensemble du territoire national. En hiver et au printemps, elles sont transformées en marécages par les pluies ou la fonte des neiges qui font régulièrement déborder les cours d'eau. Le reste du pays présente un relief rude et très accidenté. Des chaînes parallèles orientées du nord au sud et des massifs isolés, véritables bastions qui dominent verticalement les rivières qui les ceinturent. Les collines, entre les montagnes, sont couvertes de forêts, plus ou moins denses, ou de broussailles. Au-dessus de 2000 mètres, les sommets sont dénudés et, l'hiver, couverts d'une neige épaisse. Quitter les chemins empierrés de la côte, plus de voies d'accès autres que d'étroits sentiers. Aucune voie ferrée. Pour les envahisseurs, la supériorité numérique et la puissance de feu ne pourront que rarement compenser la science du terrain et l'efficacité du tir des guérilleros.

Jusqu'au mois de novembre 1941, les manifestations de résistance sont le fait de démocrates et de libéraux, patriotes, sans appartenance politique et totalement inorganisés. Leurs actions sont limitées à des distributions de tracts et à la diffusion de mots d'ordre dépassant rarement les faubourgs des villes. Les actions armées sont plutôt l’œuvre d'individu isolé. En mai 1941, un jeune monarchiste albanais, Vasil Laçi, tente d’assassiner le roi Victor-Emmanuel, en visite à Tirana.

À cette époque, le parti communiste n'existe pas encore. Si des intellectuels se sont intéressés au marxisme, leur petit nombre et leurs divisions n'ont pas permis l'organisation d'un parti. Des groupuscules sont signalés à Tirana, à Shkodër et à Korçë, sans lien organique entre eux et sans aucune racine dans les campagnes. Enver Hoxha est l'un des membres les plus influents.

Issu de la petite bourgeoisie, Enver Hoxha voit le jour le 16 octobre 1908, à Gjirokastër. Après avoir étudié au lycée français de Korçë, il rejoint la France, où il étudie les sciences naturelles à l'Université de Montpellier. Il abandonne rapidement ses études et se rend à Paris, où il fréquente les milieux communistes. Ami de Paul Vaillant-Couturier, il adhère aux conceptions marxistes. Devenu fonctionnaire au Consulat d'Albanie à Bruxelles, il rentre au pays pour un poste de professeur de français, vacataire car sans diplôme. Il enseigne au lycée français de Korçë avant d'être renvoyé pour raisons politiques après l'invasion italienne. Enver Hoxha ouvre alors un commerce à Tirana où il vend du tabac et défend ses idées marxistes. Il réussit à constituer autour de lui un petit noyau en rapport avec le groupe de Korçë.

Sur ordre du Komintern, le parti communiste yougoslave envoie en Albanie deux de ses dirigeants, Douchan Mougosha et Miladin Popović, avec pour mission de regrouper les éléments épars et de fonder un parti communiste albanais. Le 8 novembre 1941, quinze de ses membres se retrouvent à Tirana pour fonder le Parti communiste d'Albanie (PKS), sur la base des principes de la IIIe Internationale et la ligne, voulue par Moscou, de constitution d'un front aussi large que possible contre le fascisme. Un Comité Central voit le jour, dont Enver Hoxha prend la tête. Si certains y voient une création titiste, d'autres – Enver Hoxha en tête – considèrent le PKS comme le résultat d'une initiative des Albanais eux-même. Quoi qu'il en soit, le PKS restera, jusqu'en 1948, largement tributaire des choix politiques et de l'aide matérielle du parti communiste yougoslave.

Sous l'impulsion d'Enver Hoxha, et dans un pays où la résistance armée au pouvoir ottoman ou à celui de Tirana n'a jamais vraiment disparu, le PKS constitue, à la fin de 1941, des sections urbaines composées de quelques hommes qui opèrent des sabotages et des attentats. Les premières unités de guérillas font leur apparition au début de l'année 1942. Il s'agit de détachements mobiles de 5 à 10 hommes. Aucune coordination n'existe entre ces différents petits groupes. Leurs actions sont limitées : sabotages de dépôts, attaques d'officiers et de soldats isolés dans le but de récupérer des armes, attaques de poste de carabiniers... Progressivement, les bandes armées vont se transformer en une Armée de libération nationale, avec l'aide des partisans yougoslaves.

Camarade de lutte d'Enver Hoxha, Mehmet Shehu a identifié cinq phases dans la formation et le développement de l'« Armée nationale » :
1. La phase des actions de petite envergure (sections de guérilla) ;
2. La phase des guérillas ;
3. La phase des bataillons et des groupes ;
4. La phase des brigades ;
5. La phase des grandes unités (divisions-corps d'armée).
Il est à noter que l'effectif réel des unités communistes n'est pas comparable à l'effectif théorique d'une unité régulière.

Le 24 juillet 1942 a lieu la première action généralisée sur instruction du Comité Central à toutes les organisations du parti communiste. Cette nuit-là, sur l'ensemble du territoire, fils téléphoniques et lignes télégraphiques sont sectionnés. Cette action contribue à populariser le PKS. Dès lors, le mouvement ne cesse de recruter. Il édite un journal à partir d'août 1942. Celui-ci se nourrit de la répression qu'exercent les Italiens sur les familles des maquisards, dans un pays où les solidarités claniques restent très fortes.

La lutte armée franchit un nouveau cap. Il s'agit de la seconde phase du processus défini par Shehu. Les unités de guérilla se sont développées et comprennent désormais entre vingt et soixante hommes munis d'armes disparates. À la tête de chacune d'entre elles, un commandant et un commissaire politique, lorsqu'il s'agit d'une guérilla communiste. De pair avec l'augmentation des effectifs, les coups de main sont de plus en plus ambitieux : attaque de postes militaires et de véhicules isolés. L'attaque de la petite garnison de Çorovodë est l'une des actions les plus spectaculaires de cette période. Pour quelques jours, cette petite sous-préfecture est déclarée libérée, grâce à des miliciens passés aux maquisards.

Parallèlement, le parti communiste cherche à conquérir les campagnes d'où il est presque totalement absent. Les partisans communistes s'efforcent de trouver de nouveaux adeptes. Des classes du soir s'ouvrent pour lutter contre l'analphabétisme. Il s'agit surtout de donner une instruction marxiste très rudimentaire.

Conformément aux directives du Komintern, Hoxha entreprend de regrouper les antifascistes. Seul véritable parti organisé, le PKS ne peut cependant réunir autour de lui que des chefs de clan du Nord – surtout des catholiques –, ainsi qu'un groupe armé d'obédience zoguiste dirigé par Abaz Kupi. Originaire de Krujë, dans le nord guègue, commandant de la gendarmerie de Durrës en 1939, Kupi a été l'un des rares militaires à résister à l'invasion italienne. D'abord réfugié en Turquie, il a constitué à la demande des services spéciaux anglais, au Kosovo, début 1941, une force de 300 hommes destinée à mener des actions en Albanie. Mais soucieux de ne pas indisposer Rome, les Yougoslaves n'ont donné leur feu vert à l'opération qu'à la veille de l'invasion allemande, et les hommes de Kupi ont été rapidement contraints de se disperser. Une Conférence nationale de libération albanaise se tient le 16 septembre 1942 à Pezë, à l'issue de laquelle est créé le Front de libération nationale (LN).

En réaction au développement d'un LN dominé par les communistes, et donc sous l'influence des Yougoslaves, les nationalistes prennent l'initiative, à la fin 1942, de former un second pôle de résistance – le Balli Kombëtar (Front national, BK) – qui recrute chez les notables traditionnels (religieux, propriétaires terriens, chefs claniques...). Le groupe recherche le soutien des Anglo-Saxons et crée ses propres bandes armées – tout en privilégiant le noyautage de l'appareil d’État au service des Italiens et en se gardant, pour l'essentiel, d'attaquer l'occupant. Anticommuniste, le BK se proclame hostile à la monarchie. Fortement implanté au Kosovo, il exclut toute rétrocession à la Yougoslavie des territoire de l'« Albanie ethnique » constituée par les fascistes. L'une de ses figures de proue est Midhat Frashëri, un homme de lettres qui a participé à la fixation d'un alphabet albanais au début du siècle, puis signé la déclaration d'indépendance de 1912.

Pendant ce temps, dans tout le pays, la répression s'amplifie : amendes, arrestations, déportations en Italie et exécutions. La « Direction Générale de la Sûreté Publique du Royaume » est créée en septembre 1942 avec, à sa tête, le général italien Zannini et des policiers albanais. Quelques jours après la conférence de Pezë, une première vaste opération contre les maquis est planifiée. Dans son ordre du jour n°1, Zannini donne pour instructions de :
– liquider les bandes de partisans;
– punir sévèrement la population;
– brûler les villages à proximité des lieux d'embuscades perpétrées contre les troupes italiennes;
– confisque le bétail.

Comme partout en Europe, la fin de l'année 1942 et le début de 1943 marquent un tournant. En Afrique du Nord, les Anglais ont remporté la bataille d'El-Alamein, mettant en déroute les troupes de l'Afrikakorps. Sur le front de l'Est, les Allemands et leurs Alliés essuient de terribles revers. À la suite de la défaite de Stalingrad, les actes de résistance se multiplient dans les pays occupés. Le Balli Kombëtar juge qu'il serait plus sage d'attendre que les Alliés aient franchi la Méditerranée pour déclencher le soulèvement national. Afin d'éviter des représailles inutiles, ordre est donné de n'exécuter ni sabotage ni attaque armée. Cette tactique est en complète opposition avec celle préconisée par les communistes, pour qui chaque action de répression est source de recrutement.

Le jour de l'anniversaire de la proclamation de l'indépendance nationale, de nombreux postes militaires sont attaqués ainsi que des convois. Les Italiens, furieux, mènent des opérations de nettoyage. Ils attaquent Berat, tenu par 5000 hommes d'Abas Ermenji. Lorsqu'ils pénètrent dans la ville évacuée par les maquisards, ils sont pris sous le feu des mitrailleuses installées sur les collines. Le 1er janvier 1943, les Italiens tentent de nettoyer Vlorë. La ville est occupée par les unités du Balli Kombëtar de Hysni Lepenica. Les soldats italiens sont repoussés. Clementis, ancien consul d'Italie à Vlorë et qui détenait le poste de commissaire politique à la tête de la milice fasciste albanaise, est tué lors des combats. Considéré comme responsable de l'échec de l'opération, le préfet de Vlorë est fusillé par les miliciens. Jugé incapable de venir à bout de la rébellion, le Premier ministre, Mustafa Kruja, est poussé à la démission le 10 janvier 1943. Il est remplacé par Eqrem bej Libohova.

Le stade des groupes, sinon des bataillons, est maintenant atteint. Le 31 janvier, dans la région de Gramsh, le Balli Kombëtar réussit à faire prisonniers 200 officiers et soldats italiens. Mais, faute de vivres, il est contraint de les relâcher après les avoir désarmés. Le 10 février, les guérilléros de Mallakastër et de Vlorë attaquent et détruisent le centre pétrolier de Patos. L'opération est répétée, le 21 février, sur la mine de Selenicë.

Les communistes continuent à gagner du terrain. Début 1943, ils annoncent 22 guérillas constituées, auxquelles viennent s'ajouter des unités statiques d'autodéfense. « Le courant communiste, écrit le préfet de Gjirokastër, a non seulement pénétré la population civile, mais il s'est aussi infiltré profondément dans les rangs de la milice, les organes de la police. » Impuissant, Eqrem bej Libohova ne reste qu'un mois au pouvoir. Il est remplacé au mois de février par Maliq bey Bushati.

Mussolini déclare que « la situation va en s'aggravant ». Hitler, dans une lettre adressée au Duce, écrit que les Albanais, comme les autres peuples des Balkans, se sont montrés bien peu dignes de confiance et l'encourage à renforcer le lieutenant-général vice-roi Jacomoni, qui gouverne le pays, par un général réputé à poigne : Alberto Pariani. Avec le général Dalmazzo, commandant les troupes d'occupation, il doit élaborer un plan définitif de destruction des forces insurrectionnelles.

Du 17 au 22 mars 1943, à Labinot, se tient la première Conférence de libération nationale du parti communiste albanais. Il y est décidé de créer, à partir des unités de partisans et de volontaires, une « Armée de libération nationale régulière, qui sera une force terrible contre l'occupant et la sûre et puissante garantie de la libération du peuple ». Il apparaît clairement que Enver Hoxha ne souhaitait pas la création d'une armée populaire de stricte obédience communiste. En effet, à cette époque, il envisageait la possibilité d'un accord avec le Balli Kombëtar.

La phase des bataillons, définie par Mehmet Shehu, est amorcée en mai. Les effectifs des maquisards doublent en ce printemps 1943. Début juillet, il existerait 20 bataillons de partisans auxquels s'ajoutent les guérillas mobiles non encore regroupées et les guérillas de villages, à la fois groupes d'autodéfense et auxiliaires des unités mobiles.

Le 1er avril, les unités de Mallakastër et de Vlorë, soutenues par des guérillas locales, interdisent aux Italiens la réoccupation de la mine de Selenicë. Le 16 mai, la garnison de Leskovicu est attaquée par douze guérillas de la région de Korçë. Les Italiens sont contraints de faire appel à l'aviation pour dégager l'encerclement. De lourdes pertes sont enregistrées des deux côtés.

Eqrem bej Libohova est rappelé au gouvernement le 13 mai. Les Italiens lui donnent une seconde chance de venir à bout des maquisards. Une vaste opération de liquidation des maquis est lancée le 13 juin dans la région de Pezë. 14 000 hommes, soldats, carabiniers et auxiliaires albanais y prennent part. Les Italiens sont tenus en échec et subissent des pertes importantes : 300 morts dont le colonel de Bartolomeo, commandant la cavalerie. Le 25 juin, deux nouvelles offensives italiennes sont menées à partir de Berat, Fier et Tepelenë sur les secteurs de Mallakastër et Tepelenë. Plus de 8000 hommes sont engagés dans cette opération qui échoue après quatre jours de combats meurtriers. Ces échecs seront suivis d'une répression féroce.

Afin de soulager le secteur menacé, une grande offensive est montée contre les garnisons de Përmet et Kuqar par l'ensemble des unités de Korçë, Gjirokastër et Skrapar. 1250 maquisards, Balli Kombëtar et communistes, se retrouvent à combattre côte à côte. Des embuscades, dressées aux cols et dans les gorges, interdisent l'arrivée des secours. La bataille dure cinq jours et se termine par l'évacuation de la zone de Përmet par les Italiens, après l'incendie de la ville. Au dernier jour de la bataille, le 5 juillet, des unités embusquées sur l'axe Korçë-Janina attaquent et bloquent, pendant une journée, un convoi de la 1re division allemande de montagne qui descendait sur la Grèce. C'est la première rencontre entre les troupes allemandes et les maquisards albanais. En représailles, les Allemands incendient le village de Borova, près du lieu de l'engagement, et massacrent 107 habitants.

Les combats de Përmet montrent au parti communiste la nécessité de créer un organe militaire central et d'augmenter la taille des unités. Encouragé par les Anglais, le 10 juillet, le Conseil Général de libération nationale annonce solennellement la création d'un état-major général de l'Armée de libération composé de douze membres. Spiro Moisiu est nommé commandant et Enver Hoxha commissaire politique. C'est la naissance de l'Armée populaire albanaise. Hoxha déclarera plus tard : « La formation de l'état-major général marqua le début d'une nouvelle étape de la lutte pour la libération du pays. L'insurrection générale est commencée. »

Le 14 juillet, l'équivalent de deux divisions d'infanterie italiennes, appuyées par de l'artillerie, des chars et des avions, attaquent le secteur Mallakastër. La bataille dure plusieurs jours. Deux groupes de cent maquisards retranchés sur le col de Sinja résistent pendant une journée et demie, interdisant le passage à un régiment d'« alpini ». Les Italiens finissent par rentrer dans Mallakastër et occupent la région de Tepelenë, à l'exception des sommets, tenus par les maquisards.

Le 26 juillet 1943, un décret du gouvernement italien déclare l'ensemble du territoire albanais « zone d'opérations ». La situation en Italie a considérablement évolué. Le 10 juillet 1943, les Alliés ont débarqué en Sicile. Le « second front » tant réclamé par Staline vient de s'ouvrir. Le 25 juillet, Mussolini a été destitué et placé en résidence surveillée. Le nouveau gouvernement italien est sur le point de s'engager dans des négociations avec les Alliés afin de mettre un terme aux hostilités.

Les revers italiens et les victoires des partisans albanais donnent aux Alliés le sentiment d'une insurrection populaire généralisée. La chute de Mussolini annonce un probable retrait des troupes d'occupation. Soucieux de préserver l'unité nationale et d'éviter une guerre civile, le LN et le BK mènent des négociations afin d'unifier la Résistance. Le 2 août, un accord est conclu à Mukje entre les deux partis. Il est créé un « Comité de Salut Public », composé de douze membres (six délégués des deux mouvements), qui se considère comme investi des attributions d'un gouvernement provisoire après avoir proclamé l'indépendance.

Quelques jours après, l'accord est rejeté par Enver Hoxha qui accuse ses propres délégués de trahison et de défaitisme. En réalité, un membre du Comité Central, envoyé spécialement par Tito, est intervenu pour faire échouer l'accord. Hoxha a été contraint de reculer sous peine de destitution par les Yougoslaves. En effet, le Balli Kombëtar n'a jamais cessé de rappeler l'existence de près de deux millions d'Albanais vivant sur le territoire de la Yougoslavie et de réclamer pour eux, conformément à la Charte de l'Atlantique, le droit à l'autodétermination. Tito n'entend ni céder un pouce de son territoire ni même envisager une quelconque autonomie.

Abaz Kupi, ayant poussé à un accord LN-BK, quitte le LN et forme, le 23 novembre, son propre mouvement : Legaliteti (Légitimité), composé essentiellement d'éléments favorables au roi Zog. Comme le BK, Legaliteti accuse les communistes de trahir les intérêts nationaux au profit des Yougoslaves. Les communistes répondent en dénonçant le mouvement Legaliteti comme une création conjointe des Anglais et des Allemands.

Le 15 août, la première grande unité de l'Armée de libération nationale, la Première Brigade de Choc, forte de 200 hommes, est mise sur pied. Son commandement est confié à Mehmet Shehu. La phase des brigades définie par ce dernier est atteinte. Dès le 26 août, la 1re Brigade de Choc subit son baptême du feu : attaquée à Vithkuq par d'importantes forces italiennes venant de Korçë, elle résiste durant quatre jours aux assauts de l'adversaire.

Du 4 au 8 septembre 1943, le parti communiste tient sa deuxième Conférence de libération nationale à Labinot. Au cours de celle-ci, il est décidé d'établir des Conseils de libération nationale dans les zones libérées et à libérer. Ils seront reconnus comme le seul pouvoir légitime à tous les échelons – villages, communes, régions, sous-préfectures et préfectures – et travailleront en collaboration étroite avec le commandement militaire. La guerre est implicitement déclarée au Balli Kombëtar.

Le 8 septembre 1943, le maréchal Badoglio fait part à son peuple de la fin des hostilités et de la capitulation de l'Italie. Les partisans communistes sont alors au nombre de cinq mille environ, auxquels il convient d'ajouter le double pour les guérillas statiques d'autodéfense et les groupes armés dans les villes. Le Balli Kombëtar en compte plus du double. L'Armée de libération nationale albanaise s'empare de la plupart des stocks d'armes italiens. Après l'annonce de la capitulation de l'Italie, les forces allemandes déferlent sur le territoire albanais, occupent Tirana et les principales villes. Les soldats italiens sont désarmés et bon nombre sont exécutés par leurs alliés d'hier. Quelques Italiens rejoignent les rangs des partisans pour former sous le commandement de Terzilio Cardinali, le bataillon « Antonio Gramsci », rattaché à la 1re Brigade de Choc. Désormais, l'ennemi a changé de visage : l'Allemand a remplacé l'Italien. Une guerre nouvelle commence, autrement plus cruelle que celle contre les Italiens.

Afin de concilier la population, les Allemands rétablissent, dès le 11 septembre, la totale indépendance d'une « Grande Albanie ethnique ». Le général Fehn, commandant en chef des forces d'occupation, « venues en amies pour les besoins exclusivement d'ordre stratégique », fixe la conduite à tenir :
« L'état de guerre est proclamé dans le pays, ce qui implique un certain nombre de mesures immédiates :
– Remise avant le 13 septembre des armes, munitions, explosifs et de tout matériel militaire ;
– sanction aux contrevenants : exécution par les armes ;
– pour tout acte de « sabotage » ou « dégradation de denrées alimentaires » : 30 Albanais fusillés ;
– pour tout soldat allemand tué ou blessé : 10 Albanais pendus ;
– interdiction de circuler ou stationner en groupe. »

Les Allemands convoquent une Assemblée de notables, le 16 octobre, à Tirana. Cette Assemblée désigne un « Conseil supérieur de Régence » composé d'un musulman sunnite, d'un bektashi, d'un chrétien orthodoxe et d'un catholique. Ce Conseil nomme à son tour un gouvernement présidé par Rexhep bej Mitrovica, le 5 novembre.

Parallèlement, les nazis encouragent, au Kosovo, la formation de la seconde Ligue de Prizren, et lui donnent un véritable « permis de tuer » les Serbes, contre lesquels la serbisation de l'entre-deux-guerres a accumulé les haines. La majorité des albanophones y voient une libération. Cette politique donnera naissance à la division SS « Skanderbeg », au printemps 1944. Elle rend d'autant plus difficile l'implantation des communistes : ils étaient peu présents dans la région avant la guerre, et les efforts de Tito pour y constituer des unités de partisans resteront sans effet.

La politique allemande séduit nombre de zoguiste et de nationalistes du BK qui dérivent vers la collaboration. Les clans du Nord passent des accords avec les Allemands garantissant leur autonomie traditionnelle. Pendant ce temps, l'Armée de libération nationale continue de gagner du terrain. Elle en profite pour imposer sa loi :
« Avant tout, nous sommes confrontés à la question du pouvoir, j'entends par là la mise en place partout des Conseils de libération nationale, leur renforcement et leur défense contre toute tentative du Balli ou de n'importe quel autre parti pour les saboter et les combattre ouvertement. Dans cette question, il ne peut y avoir d'équivoque : seul doit exister le pouvoir des Conseils à l'exclusion de tout autre ; il n'y a pas de compromis ni de dualité en ce domaine. »

Les affrontements et les massacres entre le LN et le BK se multiplient. 184 cadavres sont découverts dans un charnier près de Korçë. Ces atrocités entrainent des défections dans les deux camps. Le Balli Kombëtar est le plus touché. Au printemps 1944, il aura perdu la moitié de ses effectifs. Les Allemands profitent des rivalités entre les groupes de résistance et du répit qui leur est laissé pour préparer une puissante offensive.

Dans ce but, quatre divisions sont mises à la disposition du général Fehn (1re, 100e, 181e et 297e). Les principales bases et les zones d'action des partisans devront être réduites les unes après les autres. Les Allemands se fixent une limite de trois mois pour venir à bout des foyers de résistance. Les opérations commencent le 5 novembre par l'attaque du secteur de Pezë où se trouve la 3e Brigade de Choc, créée le 18 octobre. La ville est prise, mais la Brigade parvient au prix de nombreux morts à échapper à l'encerclement. Dibër est attaqué le 16 novembre. Les maquisards sont contraints d'évacuer la région pour se réfugier en Albanie du sud. Le 19 novembre, les Allemands prennent Berat tenu par le Balli Kombëtar. Le même jour, des actions sont dirigées contre la 1re Brigade dans le secteur de Mallakastër. Grâce au sacrifice de son 4e Bataillon, elle réussit à gagner, non sans perte, la région de Vlorë où elle est attaquée à nouveau le 14 décembre.

La journée du 19 marque également le début d'une vaste opération autour de Martanesh. Celle-ci dure deux semaines. L'état-major du Conseil Général ainsi que le Comité Central du PKS sont rapidement encerclés. Dans des conditions climatiques et sanitaires effroyables, la 2e Brigade (créée le 28 novembre) et la 3e Brigade sont sacrifiées à la sécurité des dirigeants : la 2e Brigade perd la moitié de ses effectifs ; quant à la 3e, seuls quelques éléments pourront gagner la région de Mat et de Krujë. Le général Davies, chef de la mission militaire britannique, est blessé et fait prisonnier. Les chefs communistes doivent se cacher et attendre le mois de mars 1944 pour gagner la région de Korçë, à ce moment soumise à son tour aux attaques des Allemands (7-18 janvier).

Malgré une résistance courageuse, le secteur de Korçë-Berat est pratiquement nettoyé des maquisards du Balli Kombëtar. Les combats se poursuivent dans l'Albanie du sud tout au long du mois de février. Dans le secteur de Vlorë, le général Deutsch, commandant la 297e division, meurt de ses blessures reçues au combat. Quelques actions allemandes, mais de moindre envergure, sont également à signaler dans le nord du pays. À la suite d'attentats à Tirana, plusieurs communistes sont exécutés le 4 février par le gouvernement collaborateur.

Suite à l'offensive d'hiver, des régions entières sont réoccupées. Les partisans albanais ont subi de lourdes pertes. Mais les Allemands ne sont pas parvenus à éradiquer la résistance armée qui reconstitue ses forces dans le sud du pays, tandis que Legaliteti, fortement implanté dans le centre, s'abstient de toute action contre les Allemands, et que les chefs de clans guègues, plus ou moins affiliés au BK, contrôlent le nord.

Dans cet imbroglio, les Anglo-Américains ont bien du mal à arrêter une politique. Ils ont des agents dans les trois camps entre lesquels ils répartissent leur aide, tout en privilégiant Abaz Kupi. Mais ils constatent que, désormais, seuls les communistes combattent vraiment les nazis. Finalement, Hoxha obtiendra des Britanniques qu'ils cessent leur aide à Kupi lorsque celui-ci accepte de constituer un front anticommuniste sous protection allemande.

L'esprit offensif des troupes communistes est durement atteint. Pour maintenir le moral des troupes et celui de la population, il est indispensable d'engager immédiatement une contre-offensive. Si les trois premières Brigades ont été durement éprouvées, les 4e, 5e, 6e et 7e ont pu être constituées et deux autres sont en voie de l'être.

À peine échappé du piège dans lequel les Allemands l'avaient enfermé, Enver Hoxha donne l'ordre de la contre-attaque :
« L'attaque maintient élevé le moral de nos unités, elle donne des résultats pratiques, épargne le temps et les énergies, démoralise l'ennemi, neutralise sa supériorité numérique.
» L'attaque est la seule forme de combat qui convienne à notre armée et qui nous apportera la victoire. L'esprit offensif naît et se développe dans la lutte continue contre les occupants ; il naît et se développe dans la recherche du combat et non dans la dérobade. »

Le 5 avril 1944, l'ordre du jour général est lancé à tous les partisans : « Désormais le jour de la libération de notre chère patrie est proche... Le moment est venu de porter le dernier coup, un coup mortel, aux bourreaux de notre peuple... Le peuple albanais vous appelle et l'état-major vous donne l'ordre de marcher. En avant sur l'ennemi et les traîtres. En avant pour chasser les occupants et exterminer les traîtres et les sangsues de notre peuple. »

La région de Verçë est libérée, ainsi que la ville de Pogradec et ses environs. Korçë est attaqué par la 4e Brigade. Les 5e et 6e Brigades mènent des opérations de nettoyage dans le secteur de Mallakastër et menacent les voies de communication allemandes sur la frontière grecque. La 7e Brigade attaque les puits de pétrole de Kuçovë. Seule l'Albanie du nord demeure encore sous le contrôle de l'occupant.

Le premier Congrès antifasciste de libération nationale se réunit à Përmet, le 24 mai. Ce Congrès établit les Conseils de libération comme seuls organes légitimes, et crée un Comité antifasciste de treize membres « avec toutes les attributions d'un gouvernement provisoire » y compris celle de rejeter tous les accords diplomatiques conclus par les gouvernements passés, ceci dans le seul but de se rapprocher de l'Union soviétique. Toutes les bases d'une « démocratie populaire » sont établies. Au titre de Président du Comité antifasciste de libération nationale, Enver Hoxha ajoute celui de Commandant en chef des forces armées du peuple albanais avec le grade de général-colonel. Mehmet Shehu est, quant à lui, promu au grade de général-major.

Entretemps, les Allemands ont préparé une offensive de printemps afin d'en finir avec la résistance albanaise. Aux XXIe et XXIIe corps d'armée a été adjointe la 1re division de montagne stationnée en Yougoslavie. L'offensive débute le 28 mai 1944 dans la zone de Korçë-Elbasan-Berat-Përmet contre la 1re Division – créée le même jour par la réunion des 1re, 4e et 5e Brigades de Choc. Le 11 juin, les Allemands pénètrent dans Përmet. Des combats se déroulent à la frontière au cours desquels les partisans albanais se battent aux côtés des maquisards grecs. Des affrontements ont également lieu dans toute l'Albanie centrale et du sud durant tout le mois de juin. Mais dès le 14, les partisans albanais contre-attaquent et refoulent les Allemands.

La dernière tentative d'envergure visant à détruire les groupes armés albanais est un échec. L'armée allemande se retrouve en position de défense. Sur tous les fronts, les Allemands sont en difficulté. Rome est tombé le 4 juin. Les Alliés ont débarqué en France le 6 juin. Sur le front de l'Est, le rouleau compresseur russe achève de rejeter les Allemands hors du territoire soviétique.

Forte de plus de 35 000 hommes, l'Armée de libération nationale procède à la liquidation de ses adversaires. Au mois du juillet, les troupes d'Abaz Kupi sont massacrées au col de Trujan par la 5e Brigade. Abaz Kupi et le colonel Mac Lean, chef de la mission britannique auprès du mouvement Legaliteti, parviennent à s'échapper. Les autres officiers anglais sont faits prisonniers. Après la liquidation de ses forces, Abaz Kupi est évacué vers l'Italie.

Le centre des combats se déplace vers le nord, dans le secteur de Peshkopi. Le 1er août, en liaison avec la 1re Brigade macédonienne, la 1re Brigade de Choc attaque la garnison de Dibër. Le 4 août est créé le 1er Corps d'armée qui comprend les 1re et 2e Divisions. La 2e se voit confier le centre et le nord tandis que la 1re continue d'opérer dans le sud. Le 14 août, une mission soviétique arrive auprès de l'état-major « afin de connaître de près la lutte du peuple albanais contre le fascisme ». Berat est libéré le 12 septembre. C'est là que s'installe le 12 octobre, en attendant la libération de la capitale, le gouvernement révolutionnaire transformé, après la 2e réunion du Comité antifasciste de libération nationale – tenue du 20 au 23 octobre – en Gouvernement démocratique d'Albanie, dont Hoxha est à la fois le chef et le ministre de la Défense. L'Armée de libération nationale est maintenant devenue une armée régulière. Comme en Yougoslavie, le nouveau pouvoir procède immédiatement à l'élimination physique des collaborateurs et de tous les opposants potentiels, zoguistes ou anciens du BK.

Au mois d'août, Abas Ermenji, qui ne dispose plus que de 2000 hommes, s'établit sur l'axe Shkodër-Tirana avec pour base opérationnelle Pressë d'où il lance plusieurs attaques contre les colonnes blindées allemandes. Mais la ville est assiégée plus tard par les partisans et tombe à la fin du mois d'octobre. Ermenji parvient à dégager ses troupes. En novembre, il décide de disperser ses unités en guérillas qu'il renvoie vers le sud dans la région de Berat. Ces petites unités seront détruites les unes après les autres par les partisans communistes.

Afin d'éviter la capture, le commandement allemand décide de retirer ses troupes de Grèce et d'Albanie. Les troupes de Hoxha vont se battre durement pour compliquer la retraite allemande en octobre et en novembre. Le 17 novembre 1944, Tirana est libéré. Le 29, les Allemands évacuent Shkodër. L'Albanie est libérée sans qu'aucune armée alliée ait pénétré sur son sol. Le même jour, la République populaire est proclamée à Tirana.

Ermenji regroupe autour de lui un noyau de jeunes avec lequel il tente de reprendre Shkodër aux communistes une nuit de janvier. Faute d'effectifs et de moyens, l'opération est un échec. La Conférence de Yalta le décide à retourner en Albanie du sud et, de là, à passer en Grèce. C'en est fini du Balli Kombëtar.

En échange d'élections, les Alliés acceptent de reconnaitre le gouvernement d'Enver Hoxha. Les premières élections de l'histoire albanaise au suffrage universel se tiennent le 2 décembre 1945. Femmes et hommes de plus de 18 ans sont appelés à désigner une Assemblée constituante mais, en dépit des tentatives d'organisation d'une opposition, autour de l’Église catholique en pays guègue, de monarchistes ou de républicains rescapés des premières purges en pays tosque, seul le Front démocratique d'Albanie, héritier du Front de libération nationale, est admis à présenter des candidats. Ceux-ci recueilleront 93 % des voix des 90 % de votants. Le 14 mars 1946, la Constituante adopte la Constitution de la République populaire d'Albanie.

Pendant plus de quarante ans, l'Albanie vivra sous domination communiste. Il faudra attendre la chute du mur de Berlin, la révolution en Roumanie, les exodes massifs, l'intensification de la pression internationale et la révolte des étudiants de Tirana pour que le pays s'engage enfin sur le chemin de la démocratie.