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Finlande, 30 novembre 1939 - 13 mars 1940

La guerre d'Hiver

La Finlande faisait depuis longtemps partie du Royaume de Suède lorsqu'elle fut conquise par l'Empire Russe en 1809. Elle devint alors un État tampon autonome protégeant la capitale russe Saint-Pétersbourg. Au cours du XIXe siècle, le nationalisme s'enracina dans le pays, devenu Grand-duché, et alimenta un puissant mouvement indépendantiste qui réclamait l'émancipation face à la Russie. Le 6 décembre 1917, profitant du désordre causé par la révolution bolchévique, la Finlande déclara son indépendance, reconnue par le pouvoir soviétique le 4 janvier 1918. Le pays fut alors plongé dans une guerre civile qui opposa les "Rouges" sociaux-démocrates et les "Blancs", c'est-à-dire des forces commandées par le sénat conservateur. Les "Rouges" furent soutenus par la Russie bolchevique jusqu'au traité de Brest-Litovsk tandis que les "Blancs" bénéficièrent d'une assistance militaire de l'Empire allemand. Les "Blancs" l'emportèrent en mai 1918. En octobre 1920, la Finlande et l'Union soviétique signèrent le traité de Tartu qui établissait le nouveau statut entre les deux pays, ainsi que de nouvelles frontières. Ce traité sera ratifié en 1932 par un pacte de non-agression, renouvelé deux ans plus tard. Les relations entre les Finlandais, qui craignaient les bolcheviques, et les Soviétiques, très critiqués vis-à-vis d'un voisin qui avait choisi un système bourgeois capitaliste et qui s'était rapproché de l'ennemi allemand, demeuraient très tendues. Elles empirèrent avec l'arrivée de Staline au pouvoir. Sous prétexte de préserver la sécurité de Leningrad1, ce dernier souhait établir une vaste zone démilitarisée dans la Baltique et dans l'isthme de Carélie.

La montée des tensions

En 1938 et au début de 1939, l'URSS demanda à la Finlande de lui céder un certain nombre d'îles dans le golfe de Finlande pour lui permettre d'assurer la défense de Leningrad. Le gouvernement finlandais refusa. Il était désormais certain que les Russes allaient renouveler et augmenter leurs exigences. Des pourparlers s'engagèrent entre les deux pays. Juho Kusti Paasikivi, ayant dirigé la délégation finlandaise chargée de négocier le traité de Tartu, fut chargé de représenter le gouvernement finlandais. Ce dernier n'envisageait aucun pacte d'assistance mutuelle, aucune cession de territoire, aucun établissement de bases russes sur son sol. Il envisageait, tout au plus, de céder à l'URSS, moyennant une compensation équitable, trois des îles situées au large de Leningrad. Pour souligner sa position, le gouvernement finlandais mobilisa son armée et entreprit l'évacuation des villes principales et des régions frontalières.

Les pourparlers débutèrent à Moscou, le 12 octobre 1939. L'URSS proposa un pacte d'assistance mutuelle général ou limité au golfe de Finlande. Elle exigeait en outre : la concession de Hanko comme base militaire ; la cession de la totalité des îles au large du golfe de Finlande ; le déplacement de la frontière de l'isthme de Carélie d'environ 65 km au nord de Leningrad ; la destruction de toutes les fortifications des deux côtés de la nouvelle frontière ; la cession de la moitié nord finlandaise de la péninsule de Rybachiy et un engagement des deux parties de n'adhérer à aucun pacte dirigé contre l'une d'elles. En contrepartie, l'URSS offrait aux Finlandais un territoire en Carélie soviétique dont la superficie était deux fois supérieure à celle des régions en cause et se déclarait prête à autoriser la Finlande à fortifier les îles Aland, alors démilitarisées, comme elle cherchait à le faire depuis 1938. Les Soviétiques justifièrent leurs demandes par l'intention de protéger Leningrad, située à une trentaine de kilomètres de la frontière finlandaise, contre tout risque d'invasion. Paasikivi retourna en Finlande afin de consulter le gouvernement.

Paasikivi retourna à Moscou, le 21 octobre, avec la mission de ne proposer que de légères rectifications de frontière dans l'isthme de Carélie, et rien d'autre. Väinö Tanner, ministre des Finances, était du voyage afin de veiller à ce que Paasikivi ne se montre pas trop conciliant avec les Russes. Mais, Staline, ne voulant pas revenir sur ses décisions, se montra intransigeant et repoussa les propositions finlandaises. La délégation regagna une fois de plus la Finlande. Les délégués retournèrent une troisième fois à Moscou. Cette fois-ci, leur mission était d'offrir seulement une petite concession supplémentaire à propos de la frontière dans l'isthme de Carélie et de refuser catégoriquement toute cession de base sous quelque forme que ce soit. La reprise des négociations, le 3 novembre, à Moscou, conduisit une fois de plus à une impasse. Dans les jours qui suivirent, Staline, désireux d'aboutir à un accord, chercha de nouveau compromis. Sans succès. Les pourparlers s'achevèrent et, le 13 novembre, la délégation rentra en Finlande.

Quand les Russes se rendirent compte que les négociations n'aboutiraient pas, ils se résolurent à utiliser la force. Ils voulaient maintenant faire peser sur la Finlande une menace d'agression. Si elle ne cédait pas, ils prévoyaient de l'envahir. Il fut décidé de créer une "République démocratique finlandaise", composée de communistes exilés. Arvi Tuominen fut désigné pour en devenir le Premier ministre, mais ce dernier refusa. Otto Ville Kuusinen, exilé en Russie depuis 1918, fut alors choisi. Tous les Finlandais d'URSS furent regroupés pour former une "armée populaire finlandaise". L'armée Rouge commença à concentrer ses effectifs, tandis que démarrait une campagne de propagande accusant le gouvernement finlandais d'être à la solde du capitalisme international et de faire de la Finlande la base d'une attaque impérialiste contre l'URSS.

Le casus belli qui déclencha le conflit se produisit le 26 novembre 1939, lorsque l'artillerie soviétique bombarda le village frontalier russe de Mainila, dans l'isthme de Carélie, près de Leningrad, causant la mort de quelques soldats russes. Les Russes accusèrent l'artillerie finlandaise et demandèrent le retrait des troupes finlandaises stationnées à la frontière ainsi que des excuses. La Finlande refusa et annonça qu'elle avait des preuves que l'attaque avait été orchestrée par les Russes eux-mêmes. Elle proposa à ces derniers que leurs deux armées respectives démilitarisent la frontière et se retirent à 20 km de celle-ci. Les Russes répliquèrent en déclarant qu'un retrait matériel reviendrait à priver de protection le territoire compris entre la Finlande et Leningrad. Le 29 novembre, devant l'éminence du conflit, les États-Unis se proposèrent comme médiateur, mais Molotov dénonça le pacte de non-agression et rompit les relations diplomatiques. L'invasion soviétique de la Finlande commença le lendemain. Au premier jour de la guerre, dans la localité frontalière de Terijoki2, le premier village finlandais occupé, les Soviétiques instaurèrent la République démocratique finlandaise. Ce gouvernement exhorta le peuple finlandais à se débarrasser de ses oppresseurs et à accueillir en libérateurs les soldats de l'Armée Rouge. Le 2 décembre, Molotov signa avec Kuusinen un pacte d'amitié et de coopération.

Les forces en présence

Staline croyait que la majorité de la population accueillerait l'Armée Rouge en libératrice car il pensait que la Finlande était une nation de travailleurs communistes opprimés par une dictature bourgeoise. L'Armée Rouge pensait pouvoir enfoncer facilement les faibles défenses finlandaises. Elle alignait quatre armées. La VIIe armée, stationnée en Carélie et commandée par Kirill Meretskov, devait fournir l'effort principal. Quatorze divisions et plus de mille chars de types divers regroupés en cinq brigades d'unités blindées avaient pour mission de rompre la ligne Mannerheim, de s'emparer de Viipuri3 et de continuer jusqu'à Helsinki. La VIIIe armée se déploya au nord du lac Ladoga avec pour objectif une avance vers le sud-ouest, en contournant le lac et en attaquant les Finlandais de Carélie à revers. Elle était composée de neuf divisions et d'une brigade blindée. La IXe armée, composée de cinq divisions aux ordres de Dukhanov, prit position plus au nord, afin de couper le territoire finlandais en deux, après avoir pénétré jusqu'au golfe de Botnie. Enfin, dans l'Arctique, la IVe armée, avec trois divisions, devait prendre Petsamo et avancer vers le sud.

L'Armée Rouge était très nettement supérieure à l'armée finlandaise en hommes et en matériel. Elle disposait à l'époque de 180 divisions, dont environ 45 furent engagées dans la guerre contre la Finlande. Pendant la guerre d'Hiver, l'URSS utilisa en tout environ 1 200 000 hommes, 1500 chars et 3000 avions. Elle affichait une réelle supériorité qualitative pour l'artillerie et les chars de combat. L'artillerie soviétique était considérée comme l'une des meilleures au monde pendant la Seconde Guerre mondiale. En matière de chars de combat, les Soviétiques disposaient de nombreux chars légers qui n'étaient pas adaptés au théâtre des opérations finlandais. Ils possédaient également d'énormes chars multi tourelles.

À l'aube de cette nouvelle guerre, le dirigeant finlandais Mannerheim, commandant en chef des forces armées, était conscient des faiblesses de ses troupes et il savait qu'il lui serait impossible de gagner la guerre contre l'URSS. Il comptait retarder la progression de l'ennemi et l'user en attendant que les pays occidentaux décident d'agir. Les ressources de l'armée finlandaise se résumaient à quatorze divisions, un peu d'artillerie, quelques rares chars de combat, une aviation embryonnaire, des munitions d'artillerie pour moins d'un mois de combats et des armes légères pour deux mois à peine. Le sous-équipement des troupes finlandaises était compensé par le moral des hommes et leur entraînement. Les chefs militaires avaient eu le courage de rompre avec les traditions militaires européennes et d'imaginer une tactique adaptée aux conditions du pays ; ils avaient entraîné les hommes à utiliser à leur avantage les forêts qui couvraient une grande partie de la Finlande. Ils savaient comment se déplacer librement à travers ce pays sauvage et tomber sur le flanc ou les arrières d'un ennemi contraint de suivre les routes.

En décembre 1939, l'armée régulière finlandaise ne comptait que 33 000 hommes, rapidement rejoints par les 127 000 hommes de l'armée territoriale, 100 000 réservistes et 100 000 membres de la garde civique. Sous les ordres du général Österman, les 1er et 3e corps d'armée furent déployés dans l'isthme de Carélie, la zone principale des opérations. Ils comprenaient cinq divisions, plusieurs bataillons et une division de réserve. Les trois autres divisions prirent position au nord du lac Ladoga, la 9e division, qui constituait la réserve générale, se concentrant à Oulu. Des éléments isolés de la garde civique ainsi que des compagnies indépendantes couvraient seuls les 1125 km de front entre Suojärvi et l'Arctique.

L'artillerie finlandaise était peu fournie. Les stocks de munitions permettaient de tenir seulement quelques jours. L'armée finlandaise ne disposait pratiquement d'aucun char de combat et d'armes antichars très limitées. Les canons Bofors de 37 mm, achetés à la Suède, commencèrent à arriver peu avant l'invasion soviétique. Ils étaient en si petit nombre que chaque régiment n'en disposait que de deux ou trois. Le fusil antichar Lahti de 20 mm, très efficace, ne fut fourni en quantité appréciable qu'à la fin de la guerre. L'infanterie manquait d'armes automatiques mais elle était dotée de l'excellent pistolet-mitrailleur Suomi. Sous-équipés, les Finlandais redoublèrent d'ingéniosité pour affronter les chars – que beaucoup d'hommes voyaient pour la première fois. L'arme probablement la plus célèbre, développée par les soldats finlandais avec des moyens de fortune, fut le "cocktail Molotov". Les troupes finlandaises manquaient également de moyens de transport et d'équipement radio. Elles ne pouvaient communiquer entre elles que par estafettes et téléphones de campagne, ce qui allait constituer un sérieux handicap. L'aviation n'était équipée que de cent appareils. Les Finlandais disposaient toutefois d'une marine et d'un réseau de défense côtière bien développé qui avait été hérité des Russes en 1917. Au cours de la guerre, les Finlandais se constituèrent un butin considérable en s'emparant d'une grande quantité de matériel ennemi.

Le commandement finlandais avait compris que l'isthme de Carélie constituait l'unique secteur dangereux. C'était en effet le seul endroit où les Russes pouvaient déployer des forces suffisantes pour envahir la Finlande. En vue de compenser leur infériorité matérielle sur ce front, les Finlandais avaient établi une ligne défensive en retrait de la frontière, pour donner à leurs troupes la possibilité d'occuper l'ennemi en attendant la mobilisation du reste de l'armée. Connue sous le nom de ligne Mannerheim, cette ligne était ancrée, à l'ouest, à Koivisto, avec ses puissantes batteries côtières, et à l'est, au cours de la rivière Vuoksi, qu'elle suivait jusqu'à son embouchure dans le lac Ladoga. Entre la Vuoksi et la mer s'étendaient de vastes étendues de lacs et de marais coupées par un assez grand terrain découvert où passaient la route principale et la voie ferrée menant à Viipuri.

Entreprise dès 1919, la ligne Mannerheim s'étendait sur 135 km dans l'isthme de Carélie et répondait à la nécessité de ralentir une offensive prévisible des Soviétiques, avant le traité de Tartu. Ses positions défensives furent renforcées au fil du temps, et spécialement pendant les mois précédant la guerre. Cette ligne défensive était très modeste. Elle consistait en une étroite succession de nids de mitrailleuses et d'abris pour l'infanterie, la plupart construits en béton non armé ou à l'aide de troncs d'arbre, et qui étaient reliés entre eux, dans le meilleur des cas, par des tranchées très peu profondes. En quelques rares endroits, il fut possible de croiser des secteurs de tir et de fournir une couverture mutuelle. La plus grande des constructions, baptisée "bunker d'un million de marks" à cause de son coût élevé, possédait comme armement de base la mitrailleuse, et seuls les secteurs côtiers du golfe de Finlande et du lac Ladoga disposaient de batteries d'artillerie lourde. C'est par l'intermédiaire d'un général allemand que les Soviétiques se procurèrent une description détaillée de ces défenses.

Les premiers combats

Les Soviétiques déployèrent 200 000 soldats dans le secteur de l'isthme de Carélie. L'attaque fut lancée par la VIIe armée, sous les ordres de Yakovlev, avec douze divisions, trois brigades blindées et douze régiments d'artillerie. Moins de 12 000 Finlandais se trouvaient en face, sans chars et avec seulement soixante-sept canons Bofors de 37 mm, les seuls efficaces contre les chars.

Le 30 novembre 1939 à 6h50, l'artillerie soviétique ouvrit le feu sur les positions finlandaises dans l'isthme de Carélie pendant plus d'une heure. Puis, l'infanterie se mit à avancer en ligne sur les tranchées ennemies. Dans le secteur le plus proche du lac, le corps L de Golorenko se heurta à la résistance des faibles bataillons finlandais de gardes-frontières, protégés par des champs de mines et des barbelés. Tout au long de la journée, les hommes de la 142e division soviétique réussirent à avancer sur presque 10 km, au prix de lourdes pertes. La résistance ennemie surprit les Soviétiques qui pensaient être reçus en libérateurs.

Plus au sud, la situation fut bien pire : précédé par la 70e division et la 20e brigade d'unités blindées, le 19e corps soviétique, commandé par Starikov, avança sur la ville de Terijoki. Celle-ci avait été fortifiée et entourée de champs de mines par deux bataillons finlandais. Les Finlandais avaient reçu l'ordre de retarder l'avance ennemie. Ils se battirent farouchement et infligèrent de lourdes pertes aux assaillants. Les Soviétiques ne parvinrent à contrôler les ruines de la ville que le lendemain.

Au centre de l'isthme, la 24e division rencontra des problèmes similaires. Au mépris de la vie humaine, elle utilisa sa propre infanterie pour faire exploser les mines et ouvrir une brèche aux unités qui les suivaient. Les Soviétiques utilisèrent également plusieurs embarcations pour attaquer par le lac Ladoga, sans grand succès.

Malgré les premiers résultats décevants pour Staline, l'ampleur de l'offensive soviétique avait surpris le commandement finlandais. Dans la confusion initiale, plusieurs unités de première ligne ignorèrent les ordres de Mannerheim et se replièrent, en suivant les instructions d'Österman. Elles abandonnèrent plus de 22 km de territoire à l'envahisseur, une perte qui, dans le cas de futurs pourparlers de paix avec l'ennemi, pouvait s'avérer dangereuse. Cela provoqua une crise au sein du haut commandement. Mannerheim était partisan de récupérer le terrain perdu, ce à quoi tous les autres s'opposèrent avec sagesse. Au cours de leur retraite, les Finlandais appliquèrent la tactique de la terre brûlée.

Les Soviétiques tentèrent de profiter de cette occasion et avancèrent, surtout au nord. Ils s'arrêtèrent devant la rivière Taipale. Ses eaux gelées, sur une largeur de presque 200 m, constituaient une formidable barrière naturelle. Sur l'autre rive se trouvaient les positions de la ligne Mannerheim et l'infanterie soviétique ne tarda pas à essuyer le tir meurtrier de l'artillerie finlandaise. Le commandant russe Yakovlev, ignorant la situation sur le front, resta à l'arrière. Cette bavure lui valut la perte de son commandement. Kirill Meretskov le remplaça au commandement de la VIIe armée.

Dans le secteur de Kuhmo, la 54e division soviétique, appuyée par un bataillon de chars T-26, avança sur la route reliant Repola à Hukkajarvi où, quelques kilomètres plus loin, les Finlandais avaient installé une position de barrage formée par le 13e bataillon, une unité de réservistes, aux ordres du lieutenant Cariala. Ils avaient creusé des tranchées et s'apprêtaient à freiner les Soviétiques au moyen de plusieurs douzaines de mines, de plusieurs fusils antichars et de grenades Klorihartsi, une version du cocktail Molotov. Quelques heures après le début des combats, les avant-gardes soviétiques tombèrent sur la position de barrage. Elles essuyèrent des tirs ennemis précis et décidèrent de lancer un assaut frontal, repoussé au prix d'énormes pertes. Les chars soviétiques furent pris dans les champs de mines et furent la cible de fusils antichars finlandais. Armés de grenades à main et de Klorihartsi, quelques soldats finlandais attaquèrent les chars immobilisés. Ils en incendièrent un grand nombre et trente-cinq chars furent ainsi détruits. Après avoir réussi à freiner pendant plusieurs heures la progression ennemie, au prix de lourdes pertes, les hommes de Cariala se retirèrent dans les épaisses forêts qui bordaient la route.

Sur la mer, le croiseur lourd Kirov, escorté par deux unités plus petites, bombarda dans la matinée du 1er décembre les batteries du cap Hanko. Les tirs manquèrent de précision contrairement au feu finlandais. Touché, le croiseur fut contraint de se retirer.

Le choc international

À la suite de l'attaque de la Finlande par l'Union soviétique, une vague de solidarité internationale se fit sentir. Le Vatican condamna, dès le 2 décembre, l'agression soviétique. Le 6, Mussolini annonça l'envoi de cinquante avions et de centaines de volontaires pour combattre aux côtés de l'armée finlandaise. La Grande-Bretagne envoya soixante-dix-sept appareils, la France trente-six, l'Afrique du Sud vingt-quatre, auxquelles s'ajoutèrent quelques unités en provenance du Canada et du Danemark qui, pour la plupart, ne purent arriver avant la fin du conflit. Aux États-Unis, le 9 décembre, cent volontaires finlandais résidant en Amérique quittèrent le port de New York. Le 10 décembre, les États-Unis décidèrent d'envoyer en urgence de la nourriture pour un montant estimé à dix millions de dollars, suivi, une semaine plus tard, de cinquante avions. En revanche, la demande de prêt de soixante millions de dollars présenté par le gouvernement finlandais était à l'étude. La SDN expulsa, le 14, l'URSS, tout en sollicitant l'aide internationale pour le pays agressé. Les pays sud-américains apportèrent également leur aide. L'Argentine envoya du blé et le Brésil des sacs de café.

Des volontaires de vingt-six pays différents arrivèrent en Finlande. Environ 9000 Suédois, 1000 Norvégiens, autant de Danois, 800 Hongrois, des centaines de Britanniques, de Russes exilés et d'Italiens, des Français, des Sud Africains, des Polonais, des Canadiens et des Néerlandais rejoignirent l'armée finlandaise. En janvier 1940 fut créée une légion étrangère regroupant l'ensemble des volontaires. Parmi eux figuraient des personnalités comme le prince Ferdinand de Liechtenstein.

La Suède apporta une aide importante à la Finlande. À la fin décembre, le gouvernement suédois approuva la libre circulation sur son territoire des forces britanniques et françaises venues secourir la Finlande. À l'inverse, l'Allemagne observa la neutralité la plus stricte. Elle souhaitait avant tout maintenir le pacte de non-agression conclu avec les Soviétiques. Mais, elle n'en désirait pas moins l'échec des Soviétiques. Les Allemands craignaient que l'arrivée des Britanniques et des Français en Scandinavie coupe les voies d'approvisionnement en matières premières, en particulier de fer, indispensable pour l'industrie de l'armement et que l'Allemagne importait de Suède et de Norvège. Hitler menaça alors la Suède de représailles si elle laissait la voie libre à l'aide militaire alliée. Les Suédois furent contraints de céder aux exigences allemandes et retirèrent officiellement du front leurs milliers de volontaires. Le 15 février 1940, la Suède fit officiellement savoir qu'elle refusait le passage sur son sol de l'aide de guerre à la Finlande. Les Finlandais se sentirent trahis. Ayant de toute urgence besoin de renforts, le gouvernement finlandais fit pression sur la Suède et la Norvège pour qu'elles reviennent sur leurs décisions. Sans résultat.

La bataille de Raate-Suomussalmi

Les Finlandais comprirent que l'objectif soviétique dans le secteur central était de prendre la ville portuaire d'Oulu, sur la côte du golfe de Botnie, de couper le pays en deux et d'interrompre ses communications ferroviaires avec la Suède. La IXe armée soviétique, commandée par Dukhanov, traversa la frontière et se dirigea vers la ville de Suomussalmi. La prise de cette ville était confiée à la 163e division. L'unique force finlandaise présente dans le secteur était une section de la police des frontières, forte de cinquante-huit hommes et commandée par le lieutenant Elo. Les hommes du lieutenant Elo entrèrent rapidement en contact avec les envahisseurs. De violents combats s'engagèrent et les Finlandais parvinrent à arrêter la division soviétique.

Les Soviétiques étaient en mauvaise posture, avec des unités divisées et dispersées en territoire inconnu. Le 8 décembre, le 16e bataillon finlandais aux ordres du commandant Pallari avait lancé une contre-attaque contre des forces soviétiques très supérieures en nombre et en matériel. Il était parvenu malgré tout à déstabiliser les forces ennemies. À l'issue de ce premier contact, des mutineries avaient éclaté au sein du 662e régiment d'avant-garde soviétique. Le 14, ce régiment lança une attaque contre le village de Ketola qui fut repoussée. Sans avoir atteint un seul de ses objectifs, le 662e régiment avait perdu près du quart de ses 2000 soldats.

Pendant ce temps, les deux autres régiments de la 163e division, le 759e et le 81e, étaient parvenus à prendre Suomussalmi. 4500 hommes du 27e régiment d'infanterie finlandais, aux ordres du colonel Siilasvuo, furent envoyés reconquérir la ville. Ils arrivèrent le 10, juste à temps, car le jour même le lieutenant Elo, ayant perdu 50% de ses effectifs et ignorant l'arrivée de renforts, s'était suicidé.

Le 11, à l'aube, les hommes du 27e régiment s'infiltrèrent à skis à travers bois et parvinrent à couper la route allant à Raate, à environ 8 km au sud-est de Suomussalmi. La 163e division soviétique était désormais isolée. Les Soviétiques décidèrent alors d'envoyer, depuis Raate, la 44e division afin de tenter d'établir le contact avec la division isolée à Suomussalmi. Pour la freiner, les Finlandais ne disposaient que de deux compagnies qui défendaient la position de barrage sur la route.

Entretemps, Siilasvuo lança une violente contre-attaque sur la ville de Suomussalmi. Après trois jours de combats, les Soviétiques abandonnèrent la ville et se replièrent vers le nord-ouest. Peu après, Siilasvuo vit enfin arriver l'artillerie de renfort, soit près de quatre pièces de 76 mm et deux canons antichars Bofors de 37 mm. Toutefois, l'unité finlandaise qui constituait en réalité le noyau de la 9e division, l'unique réserve finlandaise, dépassait à peine 11 500 hommes, un chiffre ridicule comparé aux forces ennemies.

Sur l'étroite route de Raate, la 44e division avançait lentement, ignorant tout du dispositif mis en place par les Finlandais. Ces derniers lancèrent le 23 une attaque brutale contre l'avant-garde de la division soviétique et parvinrent à stopper la progression des Soviétiques. L'attaque sema le chaos au sein de la colonne ennemie, qui se désorganisa et se fragmenta. Siilasvuo commença à préparer un plan pour anéantir les deux divisions soviétiques. De son côté, la 163e division, isolée, tenta une percée le 24. Celle-ci se solda par un échec avec de lourdes pertes pour les Soviétiques.

Dans les jours qui suivirent, les Finlandais harcelèrent les poches Soviétiques isolées tandis que les Soviétiques opposèrent une résistance opiniâtre, peu soutenus par des chars d'assaut le plus souvent inutiles et progressivement décimés. Les Finlandais appelèrent mottis les unités ennemies encerclées dans des poches.

Le jour de l'An, la 163e division s'effondra après plusieurs jours d'agonie. Les survivants se dispersèrent. Beaucoup perdirent la vie. Seuls quelque 500 soldats furent faits prisonniers. Les Finlandais s'emparèrent d'un grand nombre de matériel : des munitions, des pièces d'artillerie, des camions, des chars d'assaut...

La 44e division fut à son tour la cible des Finlandais avec des attaques menées contre les mottis, à l'aube du 2. Elle était dans une situation critique. Les températures étaient descendues au-dessous de -30°. Dans ces conditions, les armes soviétiques gelaient et refusaient de tirer, et les véhicules ne pouvaient plus démarrer. Le 6, la division fut autorisée à réaliser un « retrait tactique ». Les Finlandais firent 1000 prisonniers, et 700 soldats soviétiques parvinrent à regagner leur point de départ. Tous les autres perdirent la vie. Le commandant de la division, qui était parvenu à réchapper du désastre, fut exécuté par le NKVD en présence des survivants. Pour tenter de stabiliser la situation, la Stavka nomma Tchouïkov à la tête de la IXe armée.

Les Finlandais remportaient ainsi la bataille de Raate-Suomussalmi. Malgré leur infériorité numérique et matérielle, les Finlandais étaient parvenus à arrêter l'offensive soviétique et à anéantir deux divisions complètes. Les pertes soviétiques dépassaient les 30 000 hommes. De leur côté, les Finlandais avaient perdu environ 1700 hommes et s'étaient emparés d'un important butin.

Les Soviétiques avaient renoncé à toute idée d'offensive dans le centre du pays. Leur objectif était maintenant de stabiliser le front et d'attirer le plus grand nombre possible d'unités finlandaises, en les éloignant d'autres secteurs critiques. La 54e division d'infanterie de montagne soviétique, déployée plus au sud, se dirigeait vers Kuhmo. Le 22, les hommes de Siilasvuo entrèrent en contact avec la division ennemie et lui infligèrent un coup d'arrêt brutal. La 54e division fut non seulement arrêtée, mais aussi dispersée et harcelée de tous côtés. L'arrivée d'un bataillon de renfort de skieurs du NKVD ne lui fut que de peu de secours. La domination aérienne des Russes permit à la division d'être réapprovisionnée par air. De nombreux mottis de la 54e division, quoique décimés, parvinrent à résister jusqu'à la fin de la guerre.

Les deux autres divisions de la IXe armée, la 88e et la 122e, avaient avancé d'environ 40 km dans le cercle polaire. Elles s'étaient emparées de Salla et menaçaient Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Elles ne rencontrèrent qu'un faible bataillon finlandais qui retarda leur progression. À la tête d'unités finlandaises en Laponie, le général Kurt Martti Wallenius monta une contre-attaque contre le flanc ennemi. Les Soviétiques s'enfuirent en abandonnant une grande quantité de leur matériel et se retranchèrent dans Salla. Le front se stabilisa alors jusqu'à la fin de la guerre.

La bataille au nord du lac Ladoga

Pendant que la VIIe armée de Yakovlev pénétrait par l'isthme, au nord du lac Ladoga, la VIIIe armée sous les ordres de Khabarov s'enfonçait dans les forêts épaisses, avec ses 130 000 hommes et plus de 400 chars de combat. En face, il n'y avait que le 4e corps d'armée finlandais, composé de deux divisions et moins de 20 000 hommes, commandé par Hägglund.

La 168e et la 18e division avançaient en longeant le lac, en direction de Salmi. La 56e et la 139e progressaient sur leur flanc nord, avec pour objectif de prendre le noeud ferroviaire de Kollaa. Plus au nord, la 155e division devait faire jonction avec la IXe armée, dont l'objectif final était la ville d'Oulu. La prise de cette ville permettrait de couper toute aide éventuelle en provenance de la Suède. Mais le terrain était très difficile. Les rares pistes étaient très étroites et, après le passage des chars, elles devinrent impraticables. À mesure qu'elles s'enfonçaient en territoire ennemie, les colonnes soviétiques étaient de plus en plus isolées. Les unités finlandaises ne cessaient de harceler l'avant-garde augmentant la confusion et freinant encore davantage la progression.

La décision des Soviétiques de rester sur le terrain conduisit involontairement à la formation des mottis qui révélèrent, en réalité, un échec stratégique finlandais. En effet, pour freiner les Soviétiques, les Finlandais durent mobiliser une grande partie de leurs ressources, qui leur aurait été nécessaire dans d'autres secteurs. Ils parvinrent cependant à anéantir des divisions entières et remportèrent de magnifiques victoires.

Dans le saillant de Kitelä, la 168e et la 18e division soviétique attaquèrent avec l'appui de chars. À la mi-décembre, alors que les deux divisions progressaient lentement, sur un terrain difficile, elles furent arrêtées par une solide position de barrage établie sur la route. Les Finlandais lancèrent alors de violentes attaques sur les flancs des longues formations, qui s'étiraient sur une vingtaine de kilomètres, et réussirent à les couper en plusieurs points. Les Soviétiques ne parvinrent pas à rétablir la communication entre leurs unités. Plutôt que de tenter une percée, soit sur les positions de barrage, soit pour regagner la frontière, ils décidèrent de former des positions défensives et d'attendre. Les chars et les automitrailleuses se trouvant dans les mottis furent disposés en cercle, et une fois en panne de carburant, ils servirent de bunkers. La nuit, les Finlandais s'en approchaient et les détruisaient un à un à l'aide de grenades et d'explosifs. Ainsi, leur nombre se réduisit progressivement. Les Soviétiques tentèrent finalement une percée. Celle-ci échoua et plus de 3000 Russes perdirent la vie dans un assaut suicide. À la fin de la bataille, seuls 600 soldats russes purent regagner leurs lignes. Les Finlandais s'emparèrent d'une importante quantité de matériel ennemi.

Alors que la progression soviétique menaçait d'enfoncer le front finlandais, dans le secteur de Tolvajärvi, le colonel Talvela fut nommé commandant de ce secteur, le 2 décembre. Il y envoya immédiatement le 16e régiment placé sous les ordres du colonel Aaro Pajari, l'une des rares unités de réserve finlandaises. Les Finlandais devaient absolument reprendre Suojärvi, pour ne pas risquer l'enfoncement total.

Le 8, les Finlandais étaient prêts pour la contre-attaque. Ils se mirent à harceler les avant-gardes soviétiques en attaquant à travers les lacs gelés. Ces attaques obtinrent peu de succès et les Finlandais subirent de lourdes pertes. Sans se décourager, ils lancèrent une attaque nocturne audacieuse, s'infiltrant à ski dans les forêts et faisant de nombreuses victimes. Cette attaque découragea les unités russes qui, dans la confusion, commencèrent à fuir les unes après les autres.

Le 9, la 27e compagnie de skieurs finlandais, sous les ordres du lieutenant Perala, se glissa silencieusement pendant la nuit derrière les lignes ennemies et, au petit matin, décima le détachement soviétique se trouvant dans le village d'Aittojoki. Le lendemain, un peu plus au nord, une compagnie finlandaise réussit à surprendre et à anéantir un bataillon soviétique au complet. Après ces succès, Talvela décida de lancer une contre-attaque bien organisée, le 11, avec le soutien de l'artillerie. Mais dans la nuit du 10, un bataillon soviétique qui avançait de nuit à découvert parvint à s'approcher du quartier général finlandais sans se faire repérer. Les Soviétiques trouvèrent sur leur chemin des cuisines de compagne et s'arrêtèrent pour les piller. Les Finlandais en profitèrent pour concentrer tous les soldats possibles et contre-attaquèrent en cherchant les corps-à-corps. En quelques minutes le bataillon soviétique fut anéanti.

La contre-attaque de Talvela commença le 12. L'objectif initial était un hôtel installé au milieu d'un lac, ainsi que des positions d'artillerie soviétiques situées dans une île du lac Kotisaari. Les Finlandais progressèrent et s'emparèrent de leurs objectifs après de violents combats. Ayant subit de lourdes pertes, la 139e division, prise de panique, commença à se retirer en désordre. Les Finlandais la poursuivirent de près, dans le but de reprendre Suojärvi.

Khabarov fut remplacé par Shtern. Près du lac Ladoga, les 75e et 139e divisions entrèrent en contact avec les Finlandais le 12. Après les premiers combats, elles restèrent clouées sur place et établirent des positions défensives dans la localité d'Aglajarvi. Le 20, les Finlandais cernèrent la ville et commencèrent à attaquer les Soviétiques encerclés. Deux jours plus tard, sous la pression des Finlandais, la 75e division commença à quitter la ville pour regagner son point de départ. Les Finlandais ne cessèrent de la harceler, lui faisant subir des pertes importantes. En seulement quelques jours, deux autres divisions soviétiques avaient été battues. Cette victoire avait coûté cher aux Finlandais : 1900 soldats avaient péri. Les Soviétiques déplorés des pertes sept fois plus importantes.

L'assaut dans l'isthme de Carélie

Dans les premiers jours de la guerre, les Soviétiques étaient parvenus à progresser jusqu'à la ligne Mannerheim, au prix de lourdes pertes. Les Finlandais avaient perdu du terrain à cause de certains malentendus et de la "terreur des chars". Mais, les Finlandais s'étaient repris. Ils se trouvaient désormais établis sur de solides positions défensives.

Pour tenter de rompre le front, Meretskov, sachant que le secteur de Summa était le plus puissamment défendu, simula une attaque à Taipale afin d'y attirer les réserves finlandaises et affaiblir en retour la position de Summa. Mannerheim comprit parfaitement la manoeuvre et la 10e division finlandaise chargée du secteur de Taipale fut livrée à elle-même, sans espoir d'obtenir des renforts.

Le 6 décembre, après une violente préparation d'artillerie qui dura quatre heures, les Soviétiques attaquèrent. Alors qu'elle traversait la presqu'île de Kokonniemi, l'infanterie russe fut pulvérisée par l'artillerie finlandaise qui connaissait ses positions. Une contre-attaque finlandaise limitée provoqua une véritable débandade parmi les survivants.

Le 14, deux divisions d'infanterie, appuyées par des chars d'assaut et par cinquante-sept batteries d'artillerie, engagèrent la seconde attaque. Une fois de plus, l'artillerie finlandaise ouvrit un feu meurtrier, au dernier moment sur des points préétablis, engendrant de lourdes pertes aux assaillants.

Les Soviétiques reçurent des renforts. Suivant le même schéma, des vagues d'infanterie soviétique avancèrent en formation serrée contre les barbelés finlandais, où les armes automatiques, les mortiers et l'artillerie les balayaient, les unes après les autres. Les batteries côtières finlandaises de six pouces de Kaarnanjoki et de Jariseva se joignirent au combat. Une fois encore, les Soviétiques subirent de lourdes pertes. Une quatrième attaque, le jour de Noël, ne fit qu'accroitre le nombre de morts soviétiques. Une contre-attaque finlandaise les prit totalement au dépourvu et causa plus de 2000 pertes. Ainsi, les assaillants n'avaient pas réussi la percée dans les premiers jours.

Tout au long des 105 jours du conflit, la 10e division finlandaise conserva ses positions, mais cela lui couta cher en vies humaines. Au cours du mois de décembre, elle perdit 2250 hommes, et presque autant jusqu'à la fin de la guerre. À la mi-décembre, l'échec de Taipale conduisit les Soviétiques à reporter leur effort sur le secteur de Summa. Ce secteur était défendu par la 5e division finlandaise, une unité composée de recrues, dont le commandant doutait fort de leur capacité à résister à une attaque de chars ou à mener une contre-attaque.

Le 17 décembre, après cinq heures d'attaque d'artillerie, les Soviétiques attaquèrent. Les Finlandais avaient établi devant leurs positions une sorte de barrière antichar faite de grosses pierres. Les sapeurs soviétiques réussirent à ouvrir de larges brèches dans cette barrière à coup d'explosifs, et une centaine de chars de combat s'y engouffrèrent, suivis par l'infanterie. Privés de canon antichar, les Finlandais attendirent d'être dépassés par les chars pour ouvrir le feu sur l'infanterie qui suivait. Quelques chars grimpèrent sur les rochers, exposant ainsi le faible blindage de leur plancher et offrant un énorme angle mort. Les Finlandais en profitèrent pour placer des mines sur leur chemin. Lorsque les membres d'équipage se virent isolés derrière les tranchées finlandaises, avec leur infanterie incapable de les suivre, ils firent demi-tour et regagnèrent leurs lignes de départ. Les assaillants se regroupèrent et établirent des positions défensives pour passer la nuit, en attendant de nouveaux ordres pour le lendemain. Les Finlandais en profitèrent pour s'infiltrer dans l'obscurité par petits groupes à travers les lignes soviétiques et attaquer les chars à la grenade et au cocktail Molotov. Plusieurs chars furent mis hors de combat. Les rares canons antichars Bofors furent placés de manière à bloquer les rares chemins que pouvaient emprunter les chars. Quand le jour se leva, un tiers des chars soviétiques avaient été détruit.

Le 18, soixante-huit chars soviétiques attaquèrent dans un secteur voisin, à Lähde, après une importante préparation d'artillerie. L'artillerie de campagne finlandaise détruisit dix chars. Le reste parvint à s'approcher des tranchées et les Bofors détruisirent quinze autres chars. Ce fut une hécatombe dans les rangs de l'infanterie soviétique.

Le 19 et le 20, les chars lourds KV-1 furent engagés pour la première fois au combat. Ils étaient dotés d'un canon de 76,2 mm et d'un épais blindage. Quelques-uns de ces chars parvinrent à rompre les défenses et une vingtaine de chars atteignit la localité de Summa. Des combats eurent lieu dans les rues de la ville, où les Finlandais mirent le feu à huit chars, dont deux KV-1. Le reste se retira. Le bataillon de chars légers, chargé de soutenir cette pénétration, se retrouva en panne de carburant aux abords de Summa et les chars furent chassés un à un, dans la nuit.

La première offensive soviétique contre la ligne Mannerheim avait échoué. Sept divisions d'infanterie, deux brigades blindées, plus de 500 canons et une centaine d'avions n'avaient pas réussi à percer et avaient subi d'énormes pertes. 60 % des chars avaient été mis hors de combat. Les Finlandais avaient remporté une grande victoire défensive, mais ils étaient conscients de leurs limites.

Les Finlandais voulaient désormais lancer une contre-attaque. L'objectif était d'attaquer la 138e division soviétique sur ses deux flancs, de l'isoler et de la détruire. L'effet moral serait ravageur et la victoire politique d'une importance décisive. En effet, l'Armée Rouge était censée défiler dans les rues d'Helsinki précisément ces jours-ci, acclamée par le gouvernement fantoche de Kuusinen. Les conséquences d'une puissante contre-attaque finlandaise ne pourraient être plus dévastatrices pour l'image de l'Union soviétique sur la scène internationale. La contre-attaque fut fixée au 23 décembre, à 6h30.

Le plan finlandais était ambitieux. La 5e division attaquerait directement vers le sud, depuis Summa, soutenue par la 6e division, qui devait faire jonction avec la 1re division, en enveloppant l'arrière-garde soviétique. Les 4e et 11e divisions acculeraient l'infanterie soviétique entre les rivières Perojoki et Summajoki, où l'artillerie finlandaise pourrait la pulvériser. Ce plan présentait de nombreuses lacunes, notamment pour ce qui était de la puissance des unités soviétiques. L'aviation russe dans l'isthme interdisait toute reconnaissance aérienne et les Finlandais ne disposaient que d'informations partielles. De plus, la poursuite des opérations de nettoyage rendait difficile la mobilisation d'unités pour la contre-attaque et plus encore leur coordination entre elles et avec l'artillerie.

L'attaque commença mal pour les Finlandais. La 6e division avait à peine abandonné ses positions de départ qu'elle fut battue par l'artillerie russe. Dépourvue de canons antichars, la 5e division se heurta à une forte concentration blindée russe, tandis que la 1er division, qui était parvenue à progresser jusqu'au lac Perklärvi, fut arrêtée par une position de barrage formée de chars et d'infanterie disposés en "cercle de chars". Ayant obtenu de piètres résultats, Oquist ordonna de cesser l'attaque. Les pertes avaient été élevées. Le 2e corps avait perdu 1300 hommes. Toutefois, l'effet politique fut notable car il convainquit le monde de l'échec définitif de l'offensive soviétique dans l'isthme.

Le dernier acte de la première offensive soviétique se déroula au nord du cercle polaire, dans le secteur de Petsamo, une zone très convoitée car riche en mines de nickel. Les Finlandais y disposaient d'une compagnie d'infanterie et d'une batterie d'artillerie de campagne. La XIVe armée soviétique occupa la presqu'île des Pêcheurs et poursuivit vers le sud, sur trois colonnes. Les quelques finlandais présents harcelèrent méthodiquement les avant-gardes russes. Les températures descendaient souvent en dessous de -50° et le terrain était très inhospitalier. Dans ces conditions extrêmes, les Soviétiques ralentirent leur progression et finirent par établir des positions défensives à Nautsi, le 18 janvier. Ils enterrèrent leurs chars et maintinrent ces positions jusqu'à la fin de la guerre.

L'enlisement

Début janvier 1940, la situation militaire s'enlisa. Staline, désespéré par les événements, décida de changer de stratégie. Il décida de ressortir le plan original de Chapochnikov qui consistait à réaliser une attaque concentrée dans un secteur de l'isthme. Ce plan était le plus redouté par les Finlandais. Il condamnait les unités russes se trouvant éloignées du théâtre des opérations à camper sur leurs positions et à risquer ainsi une destruction plus que probable. Mais Staline n'avait pas le choix. Il n'hésitait pas à sacrifier ses soldats pour atteindre ses objectifs. De plus, la flotte de la Baltique s'était montrée incapable et l'aviation était saignée à blanc par l'aviation finlandaise et une artillerie antiaérienne meurtrière.

Le 10 janvier, à la suite de l'enlisement militaire, une tentative de rapprochement diplomatique entre la Russie et la Finlande se produisit. Toutefois, elle n'aboutit pas. À cette époque, les mouvements pour aider les Finlandais se développaient dans plusieurs pays comme en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis ou en Suède : fourniture de matériel, envoi de volontaires... Mannerheim avait impérativement besoin de soldats, qu'il lui était presque impossible de se procurer. Il estimait ses besoins à 300 000 hommes au minimum, pour pouvoir maintenir les positions.

La guerre maritime

Pendant la guerre d'Hiver, les opérations navales furent réduites au minimum car les conditions climatiques compliquaient ou empêchaient la navigation, le golfe de Botnie étant habituellement pris par les glaces pendant plusieurs mois de l'année. Avec le début des hostilités, la flotte de la Baltique déclara la guerre sous-marine à outrance et commença à harceler différentes positions de la côte finlandaise. Son objectif était d'empêcher tout transit depuis et vers la Finlande, mais en janvier la mer gela et les activités navales cessèrent.

La marine finlandaise, sous les ordres du commodore Róala, était très réduite au début des hostilités. Elle comptait soixante-quatre unités, dont trente appartenaient à la flotte, principalement des brise-glace, indispensables pour maintenir ouvertes les voies de communication, et dix-sept à la garde côtière. Neuf navires de compagnies civiles furent réquisitionnés. Róala était conscient de ses faiblesses. Son principal objectif serait d'empêcher des débarquements sur la côte méridionale. La Finlande disposait d'une importante artillerie côtière. La majeure partie de leur pièce d'artillerie datait de la Première Guerre mondiale. Les principales batteries côtières se trouvaient à Saarenpää, Tiurinsaari et Humaljoki, dans le secteur de Koivisto et, dans celui de Viipuri, à Ristriemi, Satamaniemi, Tupura et Ravansaari. La flotte finlandaise manquait d'une force aérienne propre. Les forces navales mobilisaient un total de 33 000 hommes, la plupart affectés à l'artillerie côtière.

Fin octobre, les Finlandais avaient commencé à mouiller des mines. Ils entendaient ainsi fermer la plupart des voies de communication, dans les secteurs de Viipuri, Helsinki, Pellinki et Kotka, entre autres. Au début du mois de décembre, ils fermèrent le golfe de Botnie et, en janvier, ils installèrent des filets anti-sous-marins pour en empêcher l'accès aux submersibles soviétiques.

Le premier jour de la guerre, les Soviétiques lancèrent leurs navires et leurs avions à l'attaque de diverses positions côtières finlandaises. L'infanterie de marine soviétique occupa plusieurs îlots, et un destroyer coula un patrouilleur finlandais. Plus de 1500 soldats russes prirent d'assaut la petite île de Suursari abandonnée par sa petite garnison. Des bombardiers SB-2 effectuèrent plusieurs attaques, totalement infructueuses contre les unités navales finlandaises.

Le 1er décembre, un croiseur et deux destroyers soviétiques bombardèrent la batterie côtière de Rusaarö. Face au feu efficace des contre-batteries, ils durent se retirer avec un croiseur et un destroyer endommagés.

La déclaration de guerre sous-marine sans restriction devint effective à partir du 12 décembre. Les sous-marins soviétiques en profitèrent pour couler cinq navires : un finlandais, un suédois, un estonien et deux allemands.

Le 9 décembre, la batterie côtière de Saarenpää repoussa l'attaque de trois destroyers. Le lendemain, la marine soviétique attaqua à nouveau. Des deux côtés, le feu se révéla inefficace à cause de la visibilité réduite. Faute d'entretien, les pièces finlandaises de 254 mm devinrent rapidement inutilisables. Le 14 décembre, deux destroyers lancèrent une autre attaque contre la batterie côtière d'Utö. Cette dernière parvint à repousser l'attaque en endommageant l'un des destroyers soviétiques. La marine soviétique bombarda de nouveau la batterie finlandaise de Saarenpää le 18 et le 19 décembre pour soutenir l'attaque dans l'isthme. Ce fut la dernière action avant la fermeture à la navigation à cause de la glace.

Le 18, la marine soviétique attaqua en utilisant un avion pour ajuster le tir. Les Finlandais n'avaient qu'un seul canon opérationnel. Les navires soviétiques s'approchèrent pour procéder à des tirs directs, car depuis une heure leur feu était inefficace. Les Finlandais réussirent un tir direct qui obligea les Soviétiques à se retirer. Le lendemain, la marine soviétique repartit à l'attaque. Les Finlandais avaient davantage de canons en état après une longue nuit de réparations. Pour tromper l'ennemi, ils décidèrent de tirer avec un seul canon à la fois. Peu à peu, les navires soviétiques s'approchèrent et leur feu se fit de plus en plus précis. Mais les Finlandais obtinrent un tir direct et les Soviétiques se retirèrent encore.

Dès lors, les batteries côtières finlandaises ne furent plus attaquées que par les airs et, plus tard, par l'artillerie de campagne soviétique. Elles allaient bientôt entrer en action contre l'offensive terrestre soviétique.

Les trois petits sous-marins finlandais se consacrèrent essentiellement à la guerre de mines. À partir du 8 décembre, ils assurèrent la protection des convois. Pendant les mois de décembre et de janvier, presque 350 navires parvinrent à transporter leur charge, sans subir une seule perte, excepté l'escorteur Aura II qui fut coulé le 13 janvier par l'explosion accidentelle d'une charge de profondeur.

Tout au long de la guerre d'Hiver, sur 400 bâtiments engagés, dix furent perdus, dont seulement la moitié étaient des navires marchands finlandais. La puissante flotte soviétique de surface de la Baltique s'était ainsi révélée inefficace.

Timochenko entre en scène

Début janvier, le maréchal Timochenko fut nommé commandant en chef des opérations en Finlande. Les unités soviétiques se réorganisèrent et se renforcèrent considérablement. Le maréchal décida de concentrer le gros de ses forces dans un étroit secteur de l'isthme de Carélie, sur 16 km de front aux environs de Summa. Neuf divisions d'infanterie, une division de mitrailleuses, cinq brigades blindées dotées de chars lourds KV-1 et KV-2, et une importante concentration d'artillerie s'apprêtaient à attaquer la ligne Mannerheim.

L'arrivée du maréchal Timochenko au commandement des opérations marquait la fin des plans basés sur de grandes pénétrations en territoire ennemi, avec des instructions très vagues et trop optimistes. Les unités de chars reçurent des ordres très clairs, avec des objectifs limités et réalistes ainsi que des instructions très précises pour ne pas avancer sans le soutien rapproché de l'infanterie ni hors de portée de l'artillerie. Un énorme effort logistique accompagnait tout ce déploiement. De nouvelles voies de chemin de fer furent posées et de nouvelles routes construites pour assurer le flux de ravitaillement et la rotation adaptée des unités d'assaut afin d'en préserver l'élan.

La situation des Finlandais était critique. Ils manquaient d'hommes, d'armes et de munitions. L'aviation soviétique omniprésente rendait presque impossibles les mouvements de troupes de jour, et il était très difficile de réparer les bunkers endommagés de l'isthme. Mannerheim regroupa ses unités du mieux qu'il put et, au total, les Finlandais purent déployer six divisions très affaiblies, avec deux autres en réserve.

L'offensive soviétique commença le 1er février, après une vaste préparation d'artillerie. Plus de 100 batteries de divers calibres soutenues par plus de 500 avions pilonnèrent pendant plusieurs heures les positions finlandaises. Au total, les Soviétiques déployèrent douze divisions d'infanterie, appuyées par de nombreux chars d'assaut, en conservant en réserve un corps d'armée blindé et trois autres divisions d'infanterie. Malgré le soutien de l'artillerie et des blindés, l'infanterie subit de lourdes pertes. Les chars soviétiques avançaient maintenant protégés par l'infanterie, et il était ainsi impossible pour les Finlandais de les attaquer à courte distance. Pour la première fois, les Soviétiques utilisaient des lance-flammes et des chars antimines. Des parachutistes furent largués sur l'arrière-garde des lignes finlandaises. Malgré leur supériorité numérique écrasante, les assaillants ne réussirent pas une percée immédiate, et la lutte se prolongea pendant plusieurs jours.

Le rythme des attaques ralentit un peu pendant deux jours et les deux camps en profitèrent pour se regrouper et se renforcer. Une nouvelle attaque centrée sur le secteur de Summa fut lancée le 5 février. Elle ne réussit pas non plus à percer le front. Timochenko déplaça alors l'axe d'attaque au secteur de Lähde, mais les brèches étaient colmatées par les réserves finlandaises qui se raréfiaient de jour en jour. Finalement, dans la deuxième semaine de février, des percées le long du front commencèrent à se produire.

Au bord du lac de Muola, dans une position établie à côté de l'église, le déroulement des événements constitue une bonne représentation de ce qui se produisit tout au long de la ligne de Summa. Une compagnie finlandaise affaiblie défendait une ligne de 2 km. Tandis que la moitié des effectifs couvrait la lisière d'une épaisse forêt d'où les Soviétiques attaquaient, l'autre moitié se trouvait en terrain à découvert et dans l'église, dont les sous-sols transformés en bunker étaient occupés par le commandement. À 200 m en avant des tranchées, les Finlandais avaient placé de gros rochers en guise de barrière antichar.

Le 11 février, les Soviétiques ouvrirent à l'aide de mines des brèches dans la barrière antichar, tandis que, pendant quatre heures, l'artillerie combattit les défenses finlandaises. La barrière d'artillerie se disloqua, et vingt-huit chars BT-7 attaquèrent. Dépourvus de canon antichar, les Finlandais s'apprêtaient à appliquer leur tactique habituelle : laisser passer les chars et détruire l'infanterie d'accompagnement. Ainsi, sans soutien et isolés dans l'arrière-garde finlandaise, les chars soviétiques se retireraient ou seraient détruits à la grenade et au cocktail Molotov. Mais les BT-7 s'arrêtèrent à une vingtaine de mètres des tranchées et attendirent l'infanterie. Lorsque celle-ci avança droit devant, elle fut massacrée par les mitrailleuses finlandaises. Les chars ne purent les neutraliser et finirent par se replier dans la forêt où ils formèrent un cercle défensif pour passer la nuit. Au cours de la nuit, les Finlandais s'approchèrent, tirèrent sur les phares des chars et les attaquèrent à la grenade. Ils détruisirent sept BT-7.

Les attaques se répétèrent pendant les deux jours suivants. Les Finlandais, épuisés, finirent par abandonner l'église que les Soviétiques s'empressèrent d'investir. La situation était critique pour les défenseurs. Leur flanc gauche était menacé. Ils disposaient de moins de cent hommes en état de se battre, un mortier avec peu de munitions, aucun soutien d'artillerie ni d'armes antichars.

Le 14 à l'aube, après un bombardement dévastateur, vingt-cinq chars soviétiques, accompagnés de quatre chars lance-flammes OT-26 à l'avant-garde, attaquèrent. Les Finlandais réussirent à mettre hors de combat plusieurs de ces engins, y compris les lance-flammes, à l'aide de grenades à main et de cocktails Molotov. L'infanterie soviétique attaqua sans appui blindé et fut de nouveau massacrée. Elle avait, cette fois-ci, utilisé des boucliers métalliques pour tenter de se protéger. Les Finlandais récupèrent les boucliers qui leur servirent à renforcer leurs positions en piteux état.

Le 16, cinquante chars, dont plusieurs KV-1, attaquèrent, suivis de près par l'infanterie. Deux chars KV furent immobilisés par des mines posées durant la nuit, les équipages de deux autres furent pris de panique, et l'infanterie resta de nouveau exposée au feu meurtrier des défenseurs finlandais. Du côté finlandais, la fin approchait. La dernière mitrailleuse rendit l'âme dans l'après-midi. Les chars soviétiques atteignirent alors les tranchées qu'ils balayèrent à la mitrailleuse. Les défenseurs, épuisés, parvinrent à repousser l'attaque d'un autre bataillon soviétique jusqu'à ce que la nuit tombe et que l'ordre de retraite soit donné. Un tiers des forces assaillantes initiales put se replier, laissant sur place plus de 1000 cadavres, seize chars calcinés et autant d'autres immobilisés.

La percée principale de la ligne Mannerheim se déroula sur l'axe de la route vers Lähde, et non pas à Summa, comme prévu initialement. Le 11 février au matin, la 123e division soviétique soutenue par la 34e brigade de chars légers était en position. L'artillerie entra en action, ouvrant un feu direct et précis sur les deux principales positions finlandaises, le "bunker Poppius" et le "bunker d'un million de marks". Ces positions étaient défendues par trois compagnies du 9e régiment d'infanterie. À 12h, l'infanterie soviétique avança, accompagnée par des chars, et subit de lourdes pertes malgré une bonne coopération entre chars et infanterie. Les rares canons Bofors furent mis hors de combat les uns après les autres. À 12h30, les Soviétiques s'étaient emparés du bunker Poppius. Les chars s'élancèrent dans la brèche et prirent la direction de Lähde. Le bunker d'un million de marks résista plusieurs heures. Son unique canon antichar réussit à détruire quatre BT-7. Les combats se poursuivirent toute la nuit et, le lendemain à midi, les rares survivants finlandais se retirèrent. La brèche était ouverte.

Les contre-attaques finlandaises ne parvinrent pas à bloquer les pénétrations soviétiques sur la route de Lähde. Les chars soviétiques concentrèrent leur feu sur une digue antichar qui constituait le dernier obstacle, et l'infanterie attaqua. Après trois heures de combat, environ cinquante chars pénétrèrent par la brèche, protégés par des escouades d'infanterie, et se dirigèrent vers l'ouest. Ils avancèrent rapidement, enfonçant les positions finlandaises. La route vers Viipuri était ouverte, mais, à la surprise générale, les Soviétiques s'arrêtèrent. Les Finlandais en profitèrent pour rétablir leurs lignes à l'arrière.

Les Finlandais étaient épuisés. Le 14, la brèche de Lähde était pleinement consolidée. L'avance soviétique, qui menaçait d'envelopper tout le secteur de Summa, était imparable. Face à cette situation, Mannerheim ordonna une retraite sur la ligne intermédiaire. À l'aube du 16 février, les Finlandais commencèrent à se replier, à l'insu des Russes. Cette retraite se fit en bon ordre. Dans l'après-midi du 18, Timochenko avait regroupé la plupart de ses moyens blindés pour attaquer cette ligne. Mais les tankistes soviétiques commirent une grave erreur en avançant seul, laissant en arrière l'infanterie d'accompagnement. Les Finlandais en profitèrent et détruisirent en deux jours plus de cinquante chars, empêchant toute pénétration. Le soir du 18, la majeure partie des unités finlandaises occupaient leurs nouvelles positions. Les batteries côtières furent conservées avant d'être définitivement abandonnées le 21. L'île de Koivisto résista jusqu'au 22, date à laquelle sa garnison se retira vers le nord pour renforcer la garnison de Viipuri.

Soumis à une pression soviétique écrasante, les Finlandais étaient sur le point de céder dans plusieurs secteurs. Ils pensaient qu'il était important de conserver la plus grande partie possible du territoire afin de négocier avec plus de force, malgré le fait que la situation militaire nécessite une retraite sur la dernière ligne défensive. À ce moment-là, les nations occidentales s'apprêtaient à entrer en scène afin d'obtenir un cessez-le-feu. Le 24, la ligne intermédiaire menaçait de plier en de nombreux points, et notamment à la station de Honkaniemi, où les Finlandais semblaient à bout de forces.

La bataille de Honkaniemi

L'unique attaque de chars finlandais de la guerre d'Hiver se déroula le 26 février 1940 et fut menée par le 3e bataillon de chasseurs Jaeger renforcé. Après plusieurs semaines de combats, un saillant s'était formé dans le secteur de Honkaniemi. Le commandant du 2e corps finlandais, le général Oquist, y renforça la 23e division avec le bataillon de Jaeger nouvellement arrivé et la 4e compagnie de chars. Le colonel Oinonen, commandant la 23e division, décida alors d'attaquer dans la nuit du 25 pour éliminer le saillant. Le plan initial prévoyait d'attaquer avec six bataillons d'infanterie soutenus par trois d'artillerie et les chars, mais seuls quatre bataillons furent prêts pour l'attaque.

L'infanterie accomplit une longue marche d'approche. Après avoir parcouru 50 km, les chars arrivèrent avec trente minutes de retard, à 4h30. Ils se divisèrent en deux groupes, cinq chars pour soutenir deux compagnies de Jaeger et deux pour appuyer la troisième. L'attaque commença mal car l'artillerie de soutien, après plusieurs retards, bombarda ses propres positions, causant environ trente pertes. À 7h30, les Finlandais commencèrent à avancer sur une ligne défendue par des éléments de la 84e division soviétique. Les Soviétique se préparaient à attaquer dans la matinée, avec l'appui de chars.

À peine partis, deux des chars tombèrent en panne, de sorte que seul six chars participèrent au combat. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres, l'infanterie fut clouée sur place par le feu nourri des défenseurs. Le manque d'équipement radio empêchait toute coordination entre les différentes unités. L'un des chars fut coincé dans un fossé, et sa tourelle endommagée. Il parviendra néanmoins à regagner ses lignes un peu plus tard. Deux autres furent mis hors de combat. Trois Vickers réussirent à franchir les tranchées soviétiques, mais ils furent également détruits. L'un d'eux était parvenu à détruire un T-26, à 500 m de distance, tandis qu'un autre avait immobilisé deux chars avant d'être touché à plusieurs reprises et finalement abandonné par son équipage. Les tankistes finlandais comptaient six morts dans leurs rangs. L'attaque fut finalement annulée.

Le 27 février, l'ordre de retraite fut donné sur une troisième ligne défensive, qui embrassait la ville de Viipuri. Les unités finlandaises, en nombre de plus en plus réduit, se réorganisèrent. Timochenko prépara l'offensive finale pour le 28, mais Mannerheim avait autorisé une nouvelle retraite. Elle se fit en bon ordre, sous la pression de l'ennemi. Les Soviétiques attaquèrent, lançant une puissante offensive de chars le 1er mars. Les Finlandais utilisèrent avec une grande efficacité les pièces d'artillerie capturées aux Russes à Suomussalmi. De nombreux chars d'assaut soviétiques furent atteints.

L'armistice

Le 2 mars, les Soviétiques réussirent à ouvrir une petite brèche dans le dispositif finlandais, mais, au bout de deux jours de combats, l'arrivée de quelques renforts finlandais qui devenaient de plus en plus rares parvint à éviter la percée. Les attaques continuèrent les jours suivants et les pénétrations commencèrent à se multiplier dans le secteur défendu par la 3e division finlandaise, acculée et affaiblie. Mannerheim ordonna de maintenir les positions. Il était important de conserver le terrain pour obtenir une position avantageuse à la table des négociations.

Plus à l'est, la 23e division avait repoussé toutes les attaques soviétiques, beaucoup moins importantes, jusqu'à ce que le 3, la ligne cède au sud-ouest de Tali. Les Finlandais tentèrent d'inonder la zone pour freiner l'avancée soviétique, mais l'eau gela immédiatement. Quelques jours plus tard, un repli limité faillit se transformer en débâcle. Cependant, le 12, le front avait pu être stabilisé, à 4 km derrière la ligne initiale, et la percée fut évitée.

Après des combats acharnés autour du village de Vuosalmi, le 1er corps d'armée parvint aussi à maintenir la ligne. Le 2 mars, un bataillon soviétique ouvrit une brèche. Les Finlandais demandèrent un appui-feu, quitte à exposer leurs propres positions. En quelques minutes, le bataillon soviétique fut anéanti et les survivants s'enfuirent. Les jours suivants, plusieurs attaques se produisirent afin de forcer le canal de Vuoksi. Elles furent repoussées de justesse grâce à l'arrivée des dernières réserves finlandaises. Au moment du cessez-le-feu, les Finlandais étaient à court de munitions. Dans le secteur de Viipuri et de sa baie, six divisions finlandaises affaiblies faisaient face à treize divisions soviétiques, et dans le reste de l'isthme à dix autres, soutenues par un nombre considérable de chars d'assaut et de pièces d'artillerie. La situation des Finlandais était critique.

Les batailles les plus disputées de cette phase de la guerre se déroulèrent dans la baie de Viipuri. La baie était complètement gelée, permettant le passage des chars d'assaut et empêchant de creuser des fossés antichars et des abris. Les défenseurs s'établirent sur la côte nord de la baie et dans les îles Uuras et Tuppura, le long d'un front d'une trentaine de kilomètres. La Xe armée soviétique attaqua de nombreuses petites îles le 4, pendant que la XXVIIIe armée progressait vers Vilaniemi. Les Finlandaises parvinrent à repousser à plusieurs reprises les assaillants. Luttant contre des forces écrasantes, l'aviation se montra très efficace et infligea de nombreuses pertes aux Soviétiques.

Après avoir repoussé plusieurs attaques, Tuppura tomba lors d'un assaut massif soutenu par l'artillerie et de nombreux chars qui encerclèrent l'île et la bombardèrent. Les batteries côtières finlandaises commençaient à manquer de munitions et devaient économiser leurs maigres réserves. Finalement, le 5, au prix de pertes épouvantables, les Soviétiques avaient réussi à établir une solide tête de pont sur la côte nord de la baie de Viipuri. Plus de 100 chars attaquèrent Vilaniemi. Au cours des jours suivants, les Soviétiques parvinrent à élargir la tête de pont et à occuper presque toutes les petites îles du littoral. Ils menaçaient de couper les communications finlandaises. Après dix jours de combats, les Soviétiques n'avaient toujours pas réussi à rompre la ligne défensive. Les Finlandais étaient à bout de force. Ils n'avaient plus de réserve et presque plus de munitions. Les Soviétiques n'étaient arrivés qu'aux abords de Viipuri, sans jamais parvenir à briser le système défensif.

Le 5 mars, tandis que l'armée finlandaise était dans une situation désespérée, le gouvernement prit la décision d'envoyer à Moscou une délégation qui, deux jours plus tard, commença à négocier. Le 11 mars, les délégués finlandais se rendirent aux exigences soviétiques, identiques pour l'essentiel à celles posées avant la guerre, quoique durcies et dépourvues de contreparties territoriales. Le lendemain, la paix fut signée. Le 13 à Moscou, le Kremlin annonça officiellement la cessation des hostilités sur le front finlandais.

Bilan

Environ 42 000 km2, soit près de 10% du territoire finlandais, était cédé à l'Union soviétique. On revenait presque à la frontière fixée par le traité de 1721 entre les Suédois et les Russes. L'URSS mettait la main sur l'isthme de Carélie si convoité, où se trouvaient la ville et la baie de Vyborg, toute la rive nord du lac Ladoga et plusieurs îles du golfe de Finlande. Les Finlandais se virent obligés de céder pour 30 ans la presqu'île d'Hanko qui accueillit une base militaire soviétique, et de laisser la liberté de passage tout au long de la région de Petsamo. Des territoires de l'Arctique étaient également cédés aux Soviétiques. Environ 400 000 personnes abandonnèrent leurs foyers sous la contrainte, et émigrèrent vers d'autres régions de la Finlande. Les Soviétiques imposèrent au pays vaincu de réduire son armée. En contrepartie, les Soviétiques devaient dissoudre l'État fantoche créé pour tenter de légitimer leur invasion.

Les pertes humaines étaient considérables. Les Finlandais, y compris les volontaires étrangers combattant dans leurs rangs, comptaient près de 25 000 morts et quelque 40 000 blessés. Les Soviétiques avaient des pertes bien plus importantes. La propagande soviétique empêcha la divulgation des chiffres exacts. Nikita Khrouchtchev reconnut des années plus tard que cette guerre avait fait environ 270 000 morts et blessés parmi les soldats soviétiques. Les pertes en matériel étaient également très importantes. Les Finlandais perdirent presque tout leur matériel. 1500 chars de combat et 700 avions soviétiques étaient détruits ou endommagés. L'importance des pertes soviétiques était due à la fois à l'incompétence et au manque de préparation de l'Armée Rouge, et à la résistance héroïque de l'armée Finlandais.

1. Saint-Pétersbourg avait été rebaptisée Leningrad en 1924.
2. Actuelle Zelenogorsk.
3. Ancien Vyborg.