Vous êtes ici : Armes et armements > IIIe Reich > BMW R75

Motocyclettes

BMW R75

À l'origine, Bayerische Motoren Werke AG (BMW) est spécialisée dans la production de moteurs d'avions. Le premier conflit mondial permet à l'usine munichoise de se développer en voyant ses mécaniques montées dans une grande partie de l'Aviation impériale allemande. Après la défaite de l'Allemagne en novembre 1918, et la signature de l'Armistice, la Luftstreitkräfte est dissoute, conformément aux clauses du traité de Versailles. BMW est alors contrainte de se diversifier.

La firme allemande trouve de nouveaux débouchés dans l'industrie et l'agriculture. Elle se lance dans la conception d'une machine rotative destinée à des usages statiques. Dénommée BMW M2 B15, elle possède déjà les caractéristiques qui feront le succès des motos de la firme : deux cylindres opposés à plat refroidis par air. Le petit bicylindre est réutilisé par les fabricants de motocyclettes, notamment par les firmes Victoria Werke de Nuremberg et Bayerische Flugzeugwerke AG. Cette dernière se lance dans la conception d'un deux-roues, baptisé Helios.

Quelques mois plus tard, Bayerische Flugzeugwerke AG et BMW fusionnent. BMW profite de cette fusion pour étudier les performances de son moteur sur l'Helios. Les ingénieurs en viennent à la conclusion que le montage du moteur ne permet pas un bon refroidissement. Ils se penchent sur le problème et modifient l'installation du groupe propulseur. L'idée est d'exposer au maximum les têtes de piston au flux d'air généré par le déplacement de l'engin en les plaçant horizontalement, sur la roue arrière. Pour ce faire, ils utilisent un cardan à la place d'une chaîne traditionnelle. Appelé transmission acatène, ce système a le double avantage de réduire les pertes de puissance et d'augmenter la fiabilité. De ces modifications résultent la R32, le premier cycle du constructeur, sorti en 1923.

De nombreux succès en compétition confirment la qualité des choix techniques. La firme se développe en proposant des modèles de plus en plus puissants. À partir de 1929, la structure du cadre est modifiée pour le rendre plus rigide et pour répondre ainsi aux sollicitations toujours plus importantes générées par l'augmentation du rendement des moteurs. En septembre 1929, Ernst Jakob Henne, aux commandes d'une BMW de 750 cm3, atteint 216,75 km/h et pulvérise le record du monde de vitesse pure. En 1933, BMW teste pour la première fois un side-car attelé à un véhicule de la marque. L'année suivante, Ernst Henne remporte une course en tout-terrain à bord d'un side-car BMW doté d'une roue motorisée.

En 1935, la Wehrmacht fait appel à BMW pour motoriser ses troupes. La firme vient tout juste de sortir son modèle R12, ultramoderne pour l'époque. L'engin est équipé du traditionnel bicylindre de 750 cm3 de la marque. Disposant de soupapes latérales, il est monté avec un simple ou double carburateur. Sa puissance varie de 18 à 20 chevaux selon la configuration choisie. La boîte de vitesses dispose de quatre rapports. Le cadre est en tôle emboutie, ce qui donne à la R12 une rigidité suffisante pour recevoir un side-car. La fourche est équipée d'amortisseurs hydrauliques. Très robuste et demandant peu d'entretiens, le système de suspension donne à la motocyclette une excellente tenue de route. La R12, équipée d'un side-car Steib, est alors choisie pour équiper les unités de reconnaissance de l'armée allemande. Les repose-pieds cylindriques sont remplacés par des marchepieds « wagon », plus adaptés à la conduite avec des bottes. Une selle tandem et des sacoches en cuir sont ajoutées au véhicule.

Déployées au sein des unités motorisées, les motocyclettes BMW sont de tous les combats. Durant la campagne de France, le side-car affiche ses limites. En effet, la R12 attelée avec son poids en charge de 600 kg se révèle peu performante en tout-terrain. Elle a tendance à s'embourber sur sol meuble. Cette faiblesse conduit l'armée allemande à se doter d'un véhicule plus efficace en terme de mobilité. Les R12 ne disparaissent pas du front pour autant. Elles seront fabriquées jusqu'en 1943 et resteront en service jusqu'à la fin du conflit.

Les problèmes de mobilité de la R12 en tout-terrain ont été démontrés dès 1938, au cours du concours militaire international de Spa qui voit triompher les motos belges et françaises disposant d'une roue tractée sur leur side-car. Le modèle allemand met plus du double de temps que son adversaire tricolore pour terminer le parcours. De retour à Berlin, les ingénieurs allemands planchent sur un modèle plus ambitieux. Les planificateurs de la Wehrmacht imposent de nouvelles spécifications. Ainsi, la roue tractée est l'une des premières exigences. Des pneus du même gabarit que ceux du Kübelwagen sont requis. Le garde-boue devra laisser suffisamment d'espace de manière à monter des chaînes sur les roues avant et arrière pour favoriser la mobilité sur terrains lourds. Le réservoir permettra d'assurer une autonomie de 350 kilomètres. La vitesse maximale à pleine charge s’élèvera à 95 km/h et une vitesse moyenne de 80 km/h pourra être assurée sur autoroute. La garde au sol minimale acceptée est de 150 mm. La capacité de charge sera de 500 kg, partagés entre la motocyclette et le side-car.

BMW propose la R75. De son côté, Zündapp soumet la KS 750. Les deux prototypes sont soumis à des tests intensifs. Finalement, la proposition de Zündapp l'emporte. BMW est contrainte d'apporter des modifications à sa R75. En juillet 1941, le véhicule est essayé sur les routes et les chemins escarpés de Bavière. La machine s'avère très performante en tout terrain et semble offrir « un potentiel inconnu jusqu'à présent ». La production en série commence au mois de juillet.

Les premiers side-cars sont envoyés au Moyen-Orient et combattent dans les rangs de l'Afrika-Korps. Sur le sable d'Afrique du Nord, les motos se révèlent performantes et sont immédiatement adoptées par la troupe, en dépit de problèmes techniques générés par la faiblesse du filtre à air. Elles sont envoyées en tête des unités de reconnaissance, loin derrière les lignes ennemies. Les formations motocyclistes montrent leurs limites sur le front de l'Est. Le bruit de leur moteur alerte les soldats ennemis. Elles se révèlent être aussi vulnérables que leurs prédécesseurs à cheval aux armes automatiques. Peu à peu, les BMW R75 se raréfient sur la ligne de front pour être remplacées par des Sd. Kfz. 251. À partir de l'année 1942, les formations motocyclistes sont progressivement démantelées. La production cesse après la destruction partielle de l'usine d'Eisenach en septembre 1944. Au total 17 635 R75 auront été produites en trois ans.

// Profils couleur

BMW R-75

// Spécifications techniques

BMW R75
Type Motocyclette
Production 17 500 (tous modèles confondus)
Longueur 2,40 m
Largeur 1,73 m
Hauteur 1,00 m
Équipage 1 chauffeur + 2 fantassins.
Poids à vide 420 kg
Poids en charge 840 kg
Motorisation Moteur: Bicylindre opposé à plat - essence
Cylindrée: 745 cm3
Puissance: 26 cv à 4400 tr/min
Refroidissement: Air
Nombre de rapports: 4 rapports
Contenance réservoir: 24 l
Vitesse maximale 95 km/h
Autonomie 380 km